Pedro Sánchez contre la guerre en Iran : "Illégale, injustifiée, dangereuse" La voix solitaire de l'Europe
zossnews
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Dans le concert des nations occidentales, une voix détonne depuis le premier jour de la guerre — celle de l'Espagne. Tandis que ses partenaires européens choisissaient la prudence ou le soutien implicite aux frappes américano-israéliennes, le Premier ministre Pedro Sánchez a choisi la rupture frontale, au risque d'une crise diplomatique majeure avec Washington. Pedro Sánchez a déclaré que les frappes militaires américano-israéliennes contre l'Iran étaient "illégales" et que le gouvernement espagnol les condamnait et s'y opposait fermement. "Nous sommes contre cette guerre. Cette guerre est illégale, elle n'a aucune justification et cause de graves dommages", a-t-il déclaré aux journalistes lors du sommet des dirigeants de l'UE à Bruxelles. (Xinhua News) Une position maintenue, répétée et assumée depuis le 28 février 2026, qui fait de Madrid le cas le plus dissonant de l'Alliance atlantique depuis le refus français et allemand de la guerre en Irak en 2003.

"Non à la guerre" : un refrain qui traverse les décennies
Le cri de Sánchez n'est pas improvisé. Ce "Non à la guerre !" est un slogan déjà martelé par les socialistes espagnols lors de l'invasion américaine en Irak en 2003. (France 24) Vingt-trois ans plus tard, l'histoire semble se répéter, et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) rejoue la même partition — avec la même conviction, et les mêmes risques politiques.
Pedro Sánchez n'a pas manqué de souligner le caractère "illégal" de l'offensive israélo-américaine sur le sol iranien, déclenchée le samedi 28 février 2026 à la grande surprise des "alliés" européens. "Je suis très, très en colère face à la situation que vit le monde dans laquelle nous précipitent certaines décisions et certains gouvernements", a fustigé le Premier ministre espagnol. (TIME France)
Le refus des bases militaires : un acte fort
Au-delà des mots, Madrid est passé aux actes. Après avoir refusé aux États-Unis l'accès à ses bases militaires situées en Andalousie, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec les États-Unis. Ce refus s'appuie sur les accords de coopération militaire de 1953 signés par les deux pays, sous Franco, dont l'utilisation pour des opérations contre l'Iran serait contraire aux termes. (France 24)
Cette décision concrète — bloquer l'usage des bases américaines en sol espagnol — dépasse la déclaration de principe. Elle place l'Espagne en contradiction directe avec ses obligations au sein de l'OTAN et provoque une crise diplomatique ouverte avec Washington.
La fureur de Trump
La réaction du président américain ne s'est pas fait attendre. Donald Trump avait déclenché la colère noire lors d'une réunion dans la Maison Blanche avec Friedrich Merz, le chancelier allemand, le 3 mars 2026. "Nous allons donc couper tous nos échanges commerciaux avec l'Espagne. Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l'Espagne", menaçait Donald Trump. (TIME France)
"L'Espagne a été terrible" et "très, très peu coopérative", a lancé Trump. "Non à la guerre ! Nous ne serons pas complices", lui a répondu Pedro Sánchez lors d'une allocution télévisée. (France 24)
La menace commerciale américaine — couper tous les échanges avec Madrid — n'a pas fait plier le gouvernement espagnol, qui a maintenu sa position à chaque occasion.
Une guerre illégale, "interconnectée" avec Gaza et le Liban
Pour Sánchez, la guerre en Iran ne peut pas être dissociée de l'ensemble du cycle de violence qui ravage le Moyen-Orient depuis 2023. Pedro Sánchez a déclaré que la guerre en Iran est "interconnectée" avec les conflits au Moyen-Orient, notamment à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Il a décrit la situation comme "un moment très déterminant" pour l'UE, soulignant la nécessité d'envoyer "un message clair" indiquant que l'Europe défend le multilatéralisme et le droit international. (Anadolu Ajansı)
Cette vision globale du conflit — qui relie les bombardements de Téhéran aux destructions de Gaza — est centrale dans le discours du Premier ministre espagnol. Elle lui permet aussi de s'adresser à un électorat de gauche, très sensible à la question palestinienne, et de consolider sa base politique intérieure.
Le coût économique : 5 milliards d'euros pour les Espagnols
Sánchez ne se contente pas de dénoncer la guerre sur le plan moral et juridique. Il en chiffre le coût pour ses concitoyens et en fait un argument politique supplémentaire. Répétant son opposition à la guerre "illégale" menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, Pedro Sánchez a déclaré être "très en colère face à la situation" provoquée par "certains gouvernements". "Les Espagnoles et les Espagnols vont devoir assumer un coût de 5 milliards d'euros. Cinq milliards d'euros que nous pourrions consacrer aux bourses, à la santé, à la dépendance." (Franceinfo)
Face à la flambée des prix de l'énergie engendrée par le blocage du détroit d'Ormuz, le gouvernement espagnol a annoncé un plan anti-crise de 80 mesures portant notamment la baisse de la TVA sur le gaz et les carburants, laquelle permettrait une réduction des prix à la pompe allant jusqu'à 30 centimes d'euro le litre. (TIME France)
L'Espagne seule en Europe... mais pas totalement isolée
Le "Non à la guerre !" du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez est en effet une position unique au niveau des gouvernements européens, mais pas au niveau des groupes parlementaires européens de gauche qui sont aussi opposés à l'intervention en Iran. (France 24)
Au sommet de Bruxelles, la position européenne officielle est restée en retrait des positions espagnoles. Les Vingt-Sept ont globalement appelé à la désescalade et au respect du droit international, sans pour autant qualifier les frappes d'illégales ni réclamer leur arrêt immédiat — un compromis diplomatique qui laisse chaque gouvernement gérer sa propre relation avec Washington.
L'Espagne, de son côté, assume pleinement d'être la voix dissidente. Une posture risquée sur le plan atlantiste, mais qui renforce Sánchez sur la scène intérieure et lui permet de se positionner comme le défenseur du multilatéralisme et du droit international dans une Europe trop souvent alignée sur Washington.
Ce que dit le droit international
La qualification de "guerre illégale" par Sánchez soulève une question juridique centrale. Sur le fond, plusieurs principes du droit international sont effectivement en cause :
La Charte des Nations Unies interdit le recours à la force armée contre un État souverain, sauf en cas de légitime défense ou d'autorisation explicite du Conseil de sécurité. Or, Pedro Sánchez a martelé : "Non à la faillite du droit international. Non à l'idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu'à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé." (TIME France)
Les États-Unis et Israël justifient leur intervention par la nécessité d'éliminer la menace nucléaire iranienne et de répondre à la répression des manifestants — des motifs qui ne correspondent à aucune des exceptions reconnues par la Charte onusienne. Plusieurs juristes internationaux ont déjà qualifié les frappes de violations du droit international, rejoignant ainsi la position espagnole.
Un signal pour l'avenir de l'Europe
Au-delà du cas espagnol, cette prise de position soulève une question plus profonde : jusqu'où les nations européennes peuvent-elles — ou veulent-elles — s'émanciper des décisions américaines en matière de politique étrangère et militaire ?
La guerre en Iran, déclenchée sans consultation préalable des alliés européens, a placé les Vingt-Sept devant un fait accompli. Sánchez a choisi de le dire haut et fort. D'autres gouvernements européens pensent peut-être la même chose, mais ont choisi le silence diplomatique pour ne pas froisser Washington dans un contexte géopolitique déjà très instable.
L'histoire jugera si ce "Non à la guerre" espagnol était un acte de courage politique, une posture électoraliste, ou les deux à la fois. Ce qui est certain, c'est qu'il a donné à l'Espagne une visibilité internationale inédite — et reposé, avec une force renouvelée, la question de l'autonomie stratégique de l'Europe face à la puissance américaine.
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