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Afrique : le continent sous les projecteurs — tour d'horizon de l'actualité de mai 2026

zossnews

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9 min de lecture11 mai 2026Mis à jour le 11 mai

Afrique : le continent sous les projecteurs — tour d'horizon de l'actualité de mai 2026

Afrique : le continent sous les projecteurs — tour d'horizon de l'actualité de mai 2026

Sahel en flammes : le Mali au bord du précipice

C'est sans doute l'événement le plus grave survenu sur le continent africain ces dernières semaines. Le 25 avril 2026, dans l'une des opérations les plus coordonnées et les plus ambitieuses jamais menées dans le Sahel, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), bras armé d'Al-Qaïda dans la région, et les rebelles indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs villes maliennes stratégiques : Bamako, la capitale, mais aussi Kati, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal.

Les djihadistes ont revendiqué avoir frappé le siège de la présidence du chef de la junte Assimi Goïta, le ministère de la Défense et l'aéroport international de Bamako. Les rebelles touareg ont annoncé s'être emparés de Kidal, ville du nord symbole de l'indépendantisme azawadien. Ces attaques ont eu lieu alors que le Mali vivait depuis septembre 2025 sous un embargo informel sur le carburant et les marchandises, imposé par le GSIM en bloquant les axes routiers reliant le pays à ses voisins.

La junte a riposté avec l'appui de ses alliés russes d'Africa Corps, des frappes aériennes ayant causé de nombreuses victimes. Mais au-delà du bilan militaire contesté selon les sources, c'est la portée symbolique et politique de l'événement qui frappe : pour la première fois depuis les coups d'État de 2020 et 2021, la junte s'est retrouvée attaquée jusque dans ses propres fiefs, dans la capitale même. Le régime qui avait justifié sa prise de pouvoir par la promesse de restaurer la sécurité se retrouve aujourd'hui incapable de protéger son propre siège.

L'Alliance des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger sous leurs juntes respectives, s'est montrée remarquablement discrète face à ces événements, sans apporter de soutien explicite à Bamako. Les condamnations les plus fermes de l'offensive sont paradoxalement venues de la CEDEAO, l'organisation régionale dont le Mali s'est volontairement éloigné ces dernières années. La communauté internationale a appelé à une réaction coordonnée et à un soutien renforcé aux autorités maliennes, mais la crédibilité de la junte est sérieusement entamée.

Des analystes soulignent que cette situation n'est pas le fruit du hasard. Depuis 2023, les morts de civils imputables aux forces de sécurité maliennes et à leurs milices alliées ont dépassé celles causées par les groupes djihadistes eux-mêmes. Les populations locales, prises en étau entre la brutalité des juntes et les groupes armés, se sont progressivement détournées des forces gouvernementales, offrant au GSIM un terrain de recrutement et d'influence de plus en plus fertile.


Madagascar : la Russie installe ses pions

À l'est du continent, une autre forme d'ingérence étrangère prend racine. À Madagascar, depuis le coup d'État militaire d'octobre 2025 qui a renversé le président élu, la Russie a fait irruption comme nouveau partenaire stratégique. Africa Corps — l'organisation paramilitaire russe qui a succédé au groupe Wagner — y a livré des armes et déployé des instructeurs militaires aux côtés de la junte.

Mais Moscou ne s'arrête pas aux livraisons d'armes. Une offensive de charme culturelle et médiatique s'est déployée simultanément. Des émissions de radio pro-russes diffusées sur la Radio nationale malgache, des programmes d'échanges culturels, des initiatives éducatives : la Russie cherche à ancrer durablement son influence dans l'opinion publique malgache, reproduisant une stratégie déjà expérimentée au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette présence russe croissante sur la Grande Île inquiète les partenaires traditionnels de Madagascar et illustre la progression de Moscou dans des pays africains en rupture avec l'Occident.


Sommet « Africa Forward » à Nairobi : Macron tourne la page

Dans ce contexte de recul de l'influence française en Afrique, Emmanuel Macron a choisi de marquer un tournant symbolique fort. Les 11 et 12 mai 2026, le sommet « Africa Forward » se tient à Nairobi, au Kenya — première fois dans l'histoire que ce type de sommet franco-africain se déroule dans un pays anglophone et est co-présidé par un chef d'État non francophone, le président kényan William Ruto.

Macron a été très direct sur le sujet : l'ère du « pré carré » français en Afrique est « terminée ». Une déclaration qui sonne à la fois comme un acte d'humilité et une tentative de refondation après des années de déboires. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger — les trois États sahéliens gouvernés par des juntes qui ont expulsé les forces françaises — brillent par leur absence à Nairobi. Le président français a reconnu ces difficultés sans les occulter, affirmant ne pas avoir « jamais pris l'Afrique francophone comme un pré carré » tout en citant les avancées des dix dernières années.

Le sommet réunit quelque 35 chefs d'État africains et plus de 2 000 acteurs économiques et de la société civile. Il est résolument tourné vers l'économie et les investissements, avec des promesses de plusieurs milliards d'euros attendues. Une importante délégation de PDG de grands groupes français — armateurs, pétroliers, hôteliers, agroalimentaires — est présente pour rencontrer leurs homologues africains. La tournée africaine de Macron se poursuivra par l'Éthiopie en fin de semaine, dans un format qui reflète sa volonté de diversifier les partenariats au-delà de l'ancienne sphère d'influence française.


Éthiopie-Soudan : une crise diplomatique explosive

À l'est du continent, la tension monte entre deux voisins. Le 5 mai 2026, la crise diplomatique entre l'Éthiopie et le Soudan s'est brusquement aggravée. Addis-Abeba a accusé l'armée soudanaise d'avoir armé et financé des « mercenaires » dans la région du Tigré — une accusation qui replonge la Corne de l'Afrique dans ses vieux démons. En réponse, Khartoum a rappelé son ambassadeur d'Éthiopie, après avoir accusé Addis-Abeba d'avoir mené une attaque de drone contre l'aéroport de sa capitale. Ce conflit bilatéral, sur fond de rivalités historiques et de luttes d'influence régionales, est surveillé avec inquiétude par la communauté internationale, dans une zone déjà fragilisée par des années de guerres civiles et de crises humanitaires.


Afrique du Sud : xénophobie et tensions à Johannesburg

La République d'Afrique du Sud est de nouveau confrontée à des épisodes de violence xénophobe, alimentant l'inquiétude des communautés étrangères — notamment congolaises — installées dans le pays. À l'Assemblée nationale de Kinshasa, la ministre des Affaires étrangères a dû prendre la parole pour tenter de rassurer la diaspora congolaise face aux incidents signalés. Cette xénophobie récurrente est le symptôme d'une frustration sociale profonde dans un pays où le chômage touche une large partie de la population, et où des ressortissants étrangers sont régulièrement rendus responsables des difficultés économiques.


Togo et Mauritanie : libertés en recul

La situation des droits humains continue de se dégrader dans plusieurs pays. Au Togo, le poète et militant Affectio, arrêté le 24 avril 2026 pour avoir pris des photographies sur un chantier de construction — prétexte derrière lequel les autorités voient une transmission d'informations à des mouvements de la diaspora —, a été présenté à un juge d'instruction début mai. Il avait déjà passé près d'un an en prison en 2025 pour avoir publié un poème jugé subversif. Son cas symbolise l'espace qui se rétrécit pour les voix dissidentes dans le pays.

En Mauritanie, deux députées de l'opposition ont été condamnées à quatre ans de prison ferme pour avoir publiquement accusé le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de discrimination raciale envers les communautés noires et les descendants d'esclaves. Une condamnation qui illustre les tensions identitaires profondes qui traversent ce pays et la fermeté avec laquelle le pouvoir entend étouffer toute contestation de ce type.


Centrafrique : résultats législatifs bloqués par des impayés

En République centrafricaine, un épisode révélateur des dysfonctionnements institutionnels : les résultats du second tour des élections législatives du 26 avril 2026 n'ont pas pu être proclamés à temps. La raison ? Les informaticiens du centre de traitement des données de l'Autorité nationale des élections auraient bloqué la publication des résultats pour réclamer deux mois d'arriérés de salaire. Une situation ubuesque qui illustre la fragilité des institutions dans ce pays parmi les plus pauvres du monde, et qui laisse tout un peuple suspendu dans l'incertitude électorale.


Sénégal : réforme du code électoral validée

Au Sénégal, l'Assemblée nationale a définitivement adopté, lors d'une seconde lecture, la réforme des articles clés du code électoral. Le texte a été approuvé par 133 voix contre 5. Cette seconde délibération avait été demandée par le président Bassirou Diomaye Faye lui-même, après la transmission de deux versions divergentes du texte lors de la première adoption — signe de la volonté du pouvoir exécutif de sécuriser juridiquement ce chantier réformateur avant toute contestation.


Chine-Afrique : une offensive commerciale historique

Sur le front économique, la Chine a annoncé la suppression des droits de douane pour l'ensemble des pays africains, à l'exception de l'Eswatini, seul État du continent à maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan. Cette mesure, qui s'étend à 53 pays africains et restera en vigueur jusqu'en avril 2028, représente un geste de portée symbolique immense. Pékin se targue d'être la première grande économie mondiale à offrir un traitement tarifaire unilatéral à droit nul à tout un continent. Les analystes tempèrent cependant l'enthousiasme : si la Chine renforce indéniablement son influence à travers cette initiative, les droits de douane ne constituent pas le principal obstacle auquel se heurtent les exportateurs africains. Le déficit commercial du continent avec la Chine reste colossal, et le vrai enjeu est celui de la valeur ajoutée et de l'industrialisation locale.


Sport : un Malien sacré roi de la Ligue 1

Une première historique dans le football africain : Mamadou Sangaré, milieu de terrain du RC Lens, a été désigné meilleur joueur africain de Ligue 1 française pour la saison 2025-2026, décrochant le Prix Marc-Vivien Foé. C'est la première fois qu'un joueur malien remporte cette distinction, qui récompense chaque année le meilleur Africain évoluant dans le championnat français. Une belle nouvelle pour le football malien, dans un contexte national par ailleurs très sombre.


Un continent à la croisée des chemins

Le panorama africain de ce début mai 2026 est celui d'un continent sous tension mais en mouvement. Entre la montée en puissance des groupes djihadistes au Sahel, les avancées démocratiques dans certains pays, la pénétration croissante de la Russie dans les pays à régimes militaires, la recomposition des relations avec la France, et les ambitions économiques de la Chine, l'Afrique est plus que jamais au cœur des grands équilibres géopolitiques mondiaux. Ce n'est plus un continent qu'on observe : c'est un continent dont l'évolution façonnera, pour une large part, le visage du monde dans les décennies à venir.