Grève nationale en Belgique : l'aéroport de Charleroi totalement fermé ce mardi 12 mai
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Zéro vol, zéro décollage, zéro atterrissage Ce mardi 12 mai 2026, l'aéroport Brussels South Charleroi Airport est entièrement fermé. Aucun avion ne décolle, aucun n'atterrit. La direction de l'infrastructure l'a annoncé officiellement plusieurs jours à l'avance : en raison de la journée nationale d'actions organisée par le front commun syndical et du manque d'effectifs présents pour organiser les opérations en toute sécurité, l'aéroport ne peut tout simplement pas fonctionner. Les compagnies aériennes ont été invitées à contacter directement tous les passagers concernés par des annulations. L'aéroport a exprimé ses regrets quant à l'impact de cette fermeture sur les projets de voyage de ses clients. Pour les voyageurs français qui transitent régulièrement par Charleroi — l'aéroport est très prisé notamment dans le nord de la France, les Hauts-de-France et au-delà — la nouvelle tombe mal, en plein milieu d'une période de déplacements importants.

Le contexte : une Belgique sociale en ébullition depuis dix-huit mois
La fermeture de Charleroi n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans un mouvement social d'une durée et d'une intensité remarquables. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement fédéral dit « Arizona » — coalition rassemblant le MR, la N-VA, le CD&V, les Engagés et le Vooruit — en janvier 2025, les trois grandes organisations syndicales belges, la CSC, la FGTB et la CGSLB, n'ont cessé de durcir leur mobilisation contre un programme jugé profondément antisocial.
Cette journée du 12 mai est la nouvelle étape d'un plan d'actions mené depuis plus d'un an et demi. La date n'a rien d'anodin : le lendemain, le 13 mai, la Chambre des représentants doit se prononcer sur le projet de réforme des pensions, et notamment sur le très controversé « malus pension » — une mesure qui pénaliserait financièrement les travailleurs partant à la retraite avant d'avoir atteint une carrière complète. En organisant une grève massive la veille de ce vote, les syndicats entendent envoyer un message politique fort aux parlementaires avant qu'ils n'appuient sur le bouton.
Les revendications du front commun sont larges et constantes depuis le début de ce cycle de mobilisation. Elles portent sur la défense de l'indexation automatique des salaires — que le gouvernement Arizona a partiellement suspendue par un double saut d'index —, l'opposition à la réforme des pensions, le maintien du pouvoir d'achat dans un contexte de hausse des prix de l'énergie liée aux tensions internationales, la résistance à l'extension des flexi-jobs à tous les secteurs, et le refus de l'abaissement de l'âge légal pour travailler. Les syndicats estiment que ces réformes font peser l'essentiel de l'effort sur les travailleurs et les plus vulnérables, sans que les plus riches ne contribuent davantage.
Une mobilisation qui s'amplifie à chaque round
Les précédentes journées d'action avaient déjà montré la force de cette mobilisation. Lors de la manifestation nationale du 14 octobre 2025, des dizaines de milliers de personnes avaient défilé dans les rues de Bruxelles. Le 12 mars 2026, une nouvelle vague avait réuni entre 80 000 et 100 000 manifestants dans la capitale, avec des conséquences importantes sur les transports et les aéroports. Brussels Airlines avait alors perdu plus d'un million d'euros en raison de l'arrêt quasi complet du trafic à Zaventem.
La journée du 12 mai s'annonce au moins aussi forte. Le collectif Mars Attacks, qui rassemble des enseignants de l'enseignement francophone opposés aux politiques d'austérité menées par la majorité MR-Engagés en Fédération Wallonie-Bruxelles, a annoncé rejoindre le mouvement. Une centaine d'écoles primaires, secondaires et supérieures participent à la mobilisation. Des enseignants sont présents en continu devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles du 11 au 27 mai.
Les perturbations dans tous les secteurs
La fermeture totale de Charleroi est la mesure la plus visible pour les voyageurs, mais elle est loin d'être la seule perturbation de cette journée.
À l'aéroport de Zaventem, la situation est moins radicale mais sévère : environ un vol sur deux au départ est supprimé. Brussels Airlines a annoncé réduire son programme de près de 60 %. Les vols à l'arrivée sont également affectés, avec des retards possibles tout au long de la journée.
Dans les transports en commun, la STIB bruxelloise prévient que de fortes perturbations sont à prévoir sur l'ensemble du réseau de métro, tram et bus. Le parcours du cortège — qui part de la Gare du Nord, remonte vers Botanique, suit la Petite Ceinture jusqu'à la Gare du Midi en passant par Madou, Arts-Loi, Trône, Porte de Namur, Louise et Porte de Hal avant de rejoindre l'Esplanade de l'Europe — traverse une grande partie de la capitale et perturbe inévitablement la circulation. De Lijn en Flandre et le TEC en Wallonie signalent également des suppressions de lignes.
À la SNCB, des perturbations sont possibles selon le niveau de participation du personnel. Bruxelles-Propreté prévoit des difficultés dans la collecte des déchets dans de nombreuses communes. La police est elle aussi concernée : la CGSP Police a déposé un préavis de grève courant du 12 mai au 30 juin pour dénoncer l'absence de revalorisation salariale, les effectifs insuffisants et les conditions de travail dégradées. Les prisons sont en grève depuis la veille, le 11 mai, pour protester contre la surpopulation carcérale et l'agressivité croissante envers le personnel pénitentiaire.
Ce que doivent faire les passagers de Charleroi
Pour les personnes dont le vol était prévu ce mardi 12 mai au départ ou à l'arrivée de Charleroi, la situation est claire : le vol est annulé. Les compagnies aériennes — principalement Ryanair, qui utilise massivement Charleroi comme base belge — doivent prendre en charge le recontact de leurs passagers et proposer soit un remboursement intégral, soit un réacheminement sur un autre vol ou un autre aéroport.
Les passagers qui n'ont pas encore été contactés par leur compagnie sont invités à vérifier directement sur l'application ou le site de leur transporteur l'état de leur vol. Les droits des passagers en cas d'annulation liée à une grève des personnels de l'aéroport — contrairement à une grève du personnel navigant propre à la compagnie — permettent généralement d'obtenir un remboursement mais pas nécessairement une indemnisation supplémentaire, le cas étant souvent classé en « circonstances extraordinaires ».
Le bras de fer politique continue
Au fond, la grève du 12 mai est aussi un test de rapport de force politique. Les syndicats ont déjà obtenu certains reculs du gouvernement Arizona sur des dossiers spécifiques lors des mobilisations précédentes, ce qu'ils présentent comme la preuve que la lutte paye. Mais les grandes lignes de la politique fédérale n'ont pas fondamentalement changé, et le projet de loi sur les pensions — avec son malus — reste sur la table du Parlement ce mercredi 13 mai.
La Belgique vit donc depuis plus d'un an sous tension sociale permanente, avec une opinion publique largement divisée entre ceux qui jugent les réformes nécessaires pour assurer la soutenabilité des finances publiques, et ceux qui estiment qu'elles font peser un fardeau injuste sur les travailleurs et les retraités. Une équation que ni les syndicats ni le gouvernement n'ont encore réussi à résoudre.
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