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La Chine face à la guerre en Iran : l'équilibriste de Pékin entre condamnations fermes, protection de ses ressortissants et préservation de ses intérêts économiques

zossnews

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11 min de lecture04 mars 2026Mis à jour le 25 mars

Depuis le déclenchement de l'offensive "Operation Epic Fury" le 28 février 2026, la Chine adopte une position à multiples facettes qui reflète sa complexe stratégie internationale. Sur le plan diplomatique, Pékin condamne avec une vigueur inhabituelle les frappes américano-israéliennes, les qualifiant de "violation du droit international" et dénonçant "l'assassinat" du guide suprême iranien Ali Khamenei comme une attaque "inacceptable" contre un dirigeant d'État souverain . Cette fermeté s'accompagne d'efforts concrets : évacuation de plus de 3 000 ressortissants chinois, appels répétés à l'arrêt immédiat des hostilités, et soutien à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité . Mais derrière cette posture princière, Pékin doit composer avec des intérêts vitaux : sa sécurité énergétique dépend du détroit d'Ormuz, théâtre désormais d'un blocus de facto, et ses relations économiques avec les monarchies du Golfe, alliées de Washington, compliquent son équation diplomatique . La Chine apparaît ainsi comme un acteur incontournable mais prudent, cherchant à peser sans s'engager militairement, dans un équilibre périlleux entre ses principes affichés et ses intérêts stratégiques.

La Chine face à la guerre en Iran : l'équilibriste de Pékin entre condamnations fermes, protection de ses ressortissants et préservation de ses intérêts économiques

Une condamnation sans précédent de l'opération américano-israélienne

Dès les premières heures du conflit, la réaction chinoise s'est distinguée par sa rapidité et sa fermeté. Le 28 février 2026, quelques heures après le début des frappes, le ministère chinois des Affaires étrangères publiait une déclaration exprimant sa "vive préoccupation" et appelant au "respect de la souveraineté, de la sécurité et de l'intégrité territoriale de l'Iran" . Mais c'est dans les jours suivants que le ton s'est durci, traduisant une inquiétude grandissante de Pékin face à l'embrasement régional.

"L'assassinat" d'un dirigeant souverain

Le point culminant de cette condamnation est intervenu le 2 mars, lorsque la porte-parole Mao Ning a été interrogée sur la mort de l'ayatollah Ali Khamenei. Sa réponse ne laisse aucune place à l'ambiguïté : "L'attaque et l'assassinat du guide suprême de l'Iran constituent une grave violation de la souveraineté et de la sécurité de l'Iran. Ils bafouent les buts et principes de la Charte des Nations Unies et les normes fondamentales des relations internationales. La Chine s'y oppose fermement et les condamne vigoureusement" .

L'utilisation du terme "assassinat" est significative. Elle marque une rupture avec le langage diplomatique habituellement prudent de Pékin et place la Chine dans une posture de défenseur intransigeant du droit international. Lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, l'ambassadeur Fu Cong a renchéri, déclarant que "le recours à la force n'est pas la bonne manière de régler les différends internationaux. Il ne fait qu'intensifier la haine et la confrontation" .

Une violation du droit international sans autorisation de l'ONU

L'argument juridique est au cœur de la position chinoise. À plusieurs reprises, les porte-parole ont souligné que "les frappes américano-israéliennes n'ont pas d'autorisation du Conseil de sécurité et violent le droit international" . Cette insistance n'est pas anodine : elle permet à la Chine de se poser en garante de l'ordre international fondé sur les Nations Unies, un rôle qu'elle revendique de plus en plus face à ce qu'elle perçoit comme un "unilatéralisme" américain.

Dans son entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a appelé la communauté internationale à élever "une voix claire et sans équivoque contre le retour du monde à la loi de la jungle" . Une formule qui vise directement l'administration Trump et son recours à la force sans mandat onusien.

Une action diplomatique et humanitaire concrète

Au-delà des déclarations, la Chine a déployé des efforts tangibles pour répondre à la crise, tant sur le plan de la protection de ses ressortissants que sur la scène diplomatique multilatérale.

L'évacuation massive de ressortissants chinois

Dès l'escalade de la situation sécuritaire, le ministère chinois des Affaires étrangères et ses missions diplomatiques en Iran ont activé leurs procédures d'urgence. Le résultat est impressionnant : au 2 mars, plus de 3 000 citoyens chinois avaient été évacués d'Iran .

Les ambassades et consulats chinois dans les pays voisins ont dépêché des groupes de travail pour accueillir et assister les évacués aux postes-frontières. La porte-parole a réitéré l'appel aux ressortissants chinois encore présents en Iran à "prendre des précautions de sécurité supplémentaires et à quitter l'Iran dès que possible" , en contactant la ligne d'urgence consulaire 12308 en cas de besoin .

Cette opération d'évacuation massive témoigne de la capacité logistique de la Chine et de sa priorité absolue : la sécurité de ses citoyens, même dans un contexte de crise majeure. Elle répond également à une exigence politique interne, le Parti communiste chinois ne pouvant être perçu comme abandonnant ses ressortissants à l'étranger.

Le drame d'un citoyen chinois tué dans les frappes

Malheureusement, cette mobilisation n'a pas pu éviter le pire. Le 2 mars, la Chine a confirmé qu'un de ses ressortissants avait été tué dans le conflit à Téhéran, et qu'un autre avait été blessé . La porte-parole a exprimé la "tristesse" de la Chine et adressé ses "sympathies à la famille de la victime" , précisant que l'ambassade avait été instruite de fournir une assistance aux personnes affectées et à leurs proches .

Cet événement tragique ajoute une dimension humaine à la position chinoise et renforce probablement la détermination de Pékin à œuvrer pour un cessez-le-feu rapide, afin d'éviter de nouveaux drames.

Le recours au Conseil de sécurité

Sur le plan diplomatique, la Chine a soutenu, avec la Russie, la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies dès le 1er mars . Lors de cette réunion, l'ambassadeur Fu Cong a réitéré l'appel à un arrêt immédiat des opérations militaires et au retour à la négociation .

Interrogée sur le rôle que pourrait jouer l'ONU, Mao Ning a indiqué que la Chine "soutient le Conseil de sécurité dans la poursuite de son rôle approprié" . Une position qui reflète la stratégie constante de Pékin : utiliser les enceintes multilatérales pour contrebalancer la puissance unilatérale des États-Unis et promouvoir une vision alternative de l'ordre international.

L'Iran, partenaire stratégique mais pas allié militaire

Les relations entre la Chine et l'Iran sont souvent présentées comme un axe stratégique majeur. La réalité est plus nuancée, et la gestion de la crise par Pékin révèle les limites de ce partenariat.

Un partenariat économique et diplomatique, pas une alliance militaire

La Chine entretient effectivement des liens étroits avec Téhéran. Elle est le premier partenaire commercial de l'Iran et un importateur majeur de son pétrole (malgré les sanctions). Sur le plan diplomatique, les deux pays coordonnent leurs positions au sein des BRICS et de l'Organisation de coopération de Shanghai.

Mais lorsqu'un journaliste a demandé si la Chine et la Russie envisageaient de fournir un soutien militaire à l'Iran en cas de demande, la réponse de Mao Ning a été évasive : "Sur la conversation téléphonique entre le ministre Wang Yi et le ministre russe Lavrov, la Chine a publié un communiqué. Je n'ai pas d'autres informations à ajouter" . Une fin de non-recevoir polie qui indique clairement que l'option militaire n'est pas à l'ordre du jour.

Le démenti des livraisons d'armes

Plus significatif encore : le 2 mars, la porte-parole a été interrogée sur des informations de presse étrangère faisant état d'un accord imminent pour la vente de missiles antinavires supersoniques CM-302 à l'Iran. Sa réponse est sans appel : "Ce rapport n'est pas vrai. En tant que grand pays responsable, la Chine respecte toujours ses obligations internationales. La Chine s'oppose aux associations malintentionnées et à la propagation de désinformation" .

Ce démenti ferme, en pleine guerre, est un signal clair adressé à Washington : la Chine n'a pas l'intention d'escalader le conflit en fournissant des armes à Téhéran. Elle entend rester dans le cadre diplomatique et économique, pas militaire.

La préservation des intérêts économiques : le talon d'Achille chinois

Si la Chine condamne fermement les frappes, elle doit aussi composer avec des intérêts économiques vitaux que le conflit menace directement. C'est sans doute là que se trouve l'explication la plus profonde de sa position.

Le détroit d'Ormuz, artère énergétique vitale

Dès le 2 mars, l'agence Anadolu a rapporté que "les Gardiens de la révolution iraniens bloquent le transit des navires commerciaux à travers le détroit d'Ormuz dans le golfe Persique en raison du conflit" . Or, comme le rappelle le journaliste, "un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en GNL ainsi qu'une grande partie des importations chinoises de pétrole transitent par ce détroit" .

La réponse de Mao Ning est révélatrice des préoccupations chinoises : "Le détroit d'Ormuz et ses eaux adjacentes sont une route commerciale internationale importante pour les marchandises et l'énergie. Maintenir la sécurité et la stabilité de la région sert les intérêts communs de la communauté internationale" . Une formulation neutre en apparence, mais qui traduit une inquiétude réelle pour la sécurité énergétique de la Chine.

La pression discrète sur Téhéran

Bloomberg a rapporté que "la Chine fait pression sur les responsables iraniens pour qu'ils évitent toute action qui perturberait les exportations de gaz qatari ou d'autres cargaisons transitant par le détroit d'Ormuz" . Interrogée sur cette information, la porte-parole a répondu : "La sécurité énergétique est très importante pour l'économie mondiale. Toutes les parties ont la responsabilité d'assurer un approvisionnement énergétique stable et sans entrave. La Chine exhorte toutes les parties à cesser immédiatement les opérations militaires, à éviter toute escalade supplémentaire, à maintenir la sécurité des routes maritimes dans le détroit d'Ormuz et à empêcher tout impact supplémentaire sur l'économie mondiale" .

Cette réponse, bien que prudente, confirme indirectement que la Chine use de son influence auprès de l'Iran pour protéger ses intérêts énergétiques. Une pression discrète mais réelle, qui illustre les contradictions de la position chinoise : alliée diplomatique de Téhéran, mais dépendante de la liberté de navigation que l'Iran menace.

Les monarchies du Golfe, autres partenaires essentiels

La position chinoise doit également tenir compte des monarchies du Golfe, membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), avec lesquelles Pékin entretient des relations économiques croissantes. Lorsqu'on l'interroge sur les attaques contre des cibles américaines dans ces pays, Mao Ning déclare que "la Chine estime que la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale des États du Golfe doivent également être pleinement respectées" .

La Chine salue d'ailleurs la déclaration de la 50e réunion extraordinaire du CCG qui a "réaffirmé l'importance du dialogue et de la diplomatie comme seule voie pour surmonter la crise actuelle et préserver la sécurité régionale" . Une manière de se positionner en soutien des pays du Golfe sans heurter Téhéran.

Une stratégie globale : l'équilibriste de Pékin

Au sixième jour du conflit, la position chinoise apparaît donc comme un exercice d'équilibriste entre plusieurs impératifs contradictoires.

Les quatre principes de Wang Yi

Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, dans ses entretiens téléphoniques avec ses homologues russe, iranien, français et omanais, a articulé la position chinoise autour de quatre points :

  1. L'inacceptabilité des frappes américano-israéliennes en plein processus de négociations

  2. La violation du droit international et des normes fondamentales

  3. Trois exigences : arrêt immédiat des opérations militaires, retour rapide au dialogue et à la négociation, opposition commune aux actions unilatérales

  4. Le soutien à l'Iran dans la défense de sa souveraineté, de sa sécurité, de son intégrité territoriale et de sa dignité nationale

Ces principes reflètent une vision où la Chine se pose en défenseur d'un ordre international fondé sur le droit, en opposition à l'unilatéralisme américain.

Une non-implication militaire assumée

Parallèlement, la Chine prend soin de ne pas franchir la ligne rouge d'une implication militaire. Le démenti des livraisons d'armes, l'absence d'annonce de soutien militaire, et le refus de confirmer toute discussion en ce sens sont autant de signaux adressés à Washington : la Chine ne cherche pas l'escalade.

Comme le résume un analyste, "la Chine veut apparaître comme une puissance responsable qui œuvre pour la paix, mais elle ne sacrifiera pas ses intérêts économiques vitaux pour un partenaire, aussi important soit-il" .

Les canaux de communication ouverts avec Washington

Signe que Pékin ne veut pas d'une rupture totale avec les États-Unis, Mao Ning a confirmé que "la Chine et les États-Unis sont en communication concernant les interactions entre les deux chefs d'État" , sans toutefois confirmer la visite annoncée par Donald Trump . Elle a également précisé que "la Chine n'a pas été informée au préalable des opérations militaires américaines" , une manière de prendre ses distances avec l'opération tout en maintenant le dialogue.

Cette volonté de préserver les canaux de communication avec Washington, malgré la condamnation des frappes, illustre la complexité de la position chinoise : Pékin a besoin des États-Unis pour gérer ses propres dossiers (commerce, Taiwan, etc.) et ne peut se permettre une confrontation ouverte.

Conclusion : la Chine, puissance responsable mais prudente

Alors que le conflit entre dans sa deuxième semaine, la Chine apparaît comme un acteur incontournable mais mesuré. Sa condamnation ferme des frappes et son soutien diplomatique à l'Iran sont sans ambiguïté. Son opération d'évacuation de plus de 3 000 ressortissants témoigne de sa capacité logistique et de sa priorité humaine.

Mais cette posture se heurte à des limites structurelles. La Chine ne peut et ne veut pas s'engager militairement. Sa dépendance au détroit d'Ormuz pour sa sécurité énergétique la rend vulnérable à l'escalade. Ses relations économiques avec les monarchies du Golfe compliquent son équation diplomatique. Et elle doit maintenir des canaux de communication avec Washington pour préserver ses intérêts globaux.

Dans ce contexte, la Chine joue la carte de la diplomatie multilatérale (Conseil de sécurité, BRICS, OCD) tout en exerçant des pressions discrètes sur Téhéran pour protéger ses intérêts énergétiques . Une position d'équilibriste qui reflète sa stratégie globale : peser sur les équilibres internationaux sans jamais s'exposer directement, défendre ses principes sans sacrifier ses intérêts.

Reste à savoir si cet équilibre pourra tenir si le conflit s'enlise ou s'étend. La Chine, pour l'instant, mise sur l'arrêt rapide des hostilités et le retour à la négociation . Un pari qui dépend autant de Washington que de Téhéran.