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Islamabad, 10 avril 2026 : le début des négociations et les positions des deux camps

zossnews

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10 min de lecture10 avr. 2026Mis à jour le 10 avr.

Deux délégations, deux visions du monde, une seule table. À l'heure où ces lignes sont écrites, la capitale pakistanaise Islamabad s'est transformée en ville fantôme. Jeudi et vendredi ont été décrétés fériés par les autorités. Des conteneurs maritimes barrent les routes menant à la « Zone Rouge ». L'hôtel de luxe Serena, qui doit accueillir les délégations, a été vidé de sa clientèle habituelle et cerné par les blindés de l'armée pakistanaise. C'est dans ce décor de sommet de guerre froide que s'ouvrent, ce 11 avril 2026, les premières négociations directes entre les États-Unis et l'Iran depuis le déclenchement du conflit le 28 février — les premières, surtout, depuis des décennies d'hostilité structurelle entre Washington et Téhéran. Deux semaines. C'est le seul capital temps dont disposent les deux camps pour transformer une trêve de circonstance en architecture de paix durable. Le défi est colossal. Les positions de départ sont non seulement opposées, mais fondées sur des lectures radicalement différentes de la guerre qui vient de se dérouler, de ses causes et de ses enseignements.

Islamabad, 10 avril 2026 : le début des négociations et les positions des deux camps

## I. Le Pakistan, médiateur improbable et triomphant

Avant d'examiner les positions des deux belligérants, il faut s'arrêter sur l'acteur qui a rendu ces négociations possibles : le Pakistan. Le chercheur américain Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du Sud, l'a formulé sans détour : le Pakistan a obtenu l'un de ses plus grands succès diplomatiques depuis des années, faisant mentir les sceptiques qui ne croyaient pas qu'il avait la capacité de mener à bien une entreprise aussi complexe et risquée.

Le Pakistan dispose d'un atout que personne d'autre ne possède dans cette configuration : c'est le seul pays de la région à entretenir de bonnes relations simultanément avec les États-Unis et avec l'Iran. Il partage 900 kilomètres de frontière avec Téhéran, tissant des liens historiques, culturels et religieux profonds. Il est aussi l'allié traditionnel de Washington en Asie du Sud et dispose de liens étroits avec Pékin — la Chine qui, selon Trump lui-même, a contribué à convaincre l'Iran de venir à la table. C'est le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, qui avait orchestré le cadre diplomatique préalable, en réunissant ses homologues d'Arabie saoudite, de Turquie et d'Égypte, avant de s'envoler pour Pékin. La Chine, l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte et le Qatar ont tous apporté leur soutien à la médiation pakistanaise, conférant à ce processus une légitimité régionale et internationale indéniable.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir ont ensuite joué les intermédiaires directs dans les heures décisives du 7 au 8 avril, permettant à Trump d'annoncer la trêve in extremis. Islamabad sort de cette séquence avec un prestige diplomatique considérablement rehaussé — et une responsabilité tout aussi considérable : tenir les deux camps autour de la table.

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## II. La délégation américaine : JD Vance en tête, une ligne dure en coulisses

Côté américain, la composition de la délégation est en elle-même un signal politique. Le vice-président JD Vance en prend la tête — un choix qui traduit le niveau d'importance que Washington accorde à ces pourparlers, mais aussi la volonté de Trump d'envoyer un interlocuteur ferme, idéologiquement aligné sur la ligne de la pression maximale. À ses côtés : l'émissaire spécial Steve Witkoff, architecte de plusieurs deals géopolitiques trumpiens, et Jared Kushner, gendre du président, dont l'influence informelle sur la politique moyen-orientale de l'administration est bien documentée.

Trump lui-même s'est dit « très optimiste » sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart visible entre les positions des deux pays. Mais la Maison Blanche a simultanément entretenu le flou sur le contenu réel des négociations, un haut responsable affirmant sous couvert d'anonymat que le plan iranien en dix points « n'est pas le document servant de base aux discussions » — contredisant directement les déclarations de Trump. « Nous n'allons pas négocier publiquement », a-t-il conclu, révélant les tensions internes au sein même de l'administration américaine sur la conduite de ces pourparlers.

Les exigences américaines, telles qu'elles ont été communiquées à Téhéran dans le cadre du plan en 15 points soumis le 25 mars, sont claires et non négociables selon Washington :

**1. Arrêt total de l'enrichissement d'uranium** et démantèlement des capacités de production d'armes nucléaires, avec inspections internationales renforcées de l'AIEA sur l'ensemble des sites iraniens, y compris ceux endommagés depuis 2025.

**2. Remise des stocks d'uranium hautement enrichi** — l'Iran ayant accumulé, selon l'AIEA, suffisamment de matière fissile pour produire potentiellement plusieurs armes nucléaires.

**3. Limitations drastiques des capacités balistiques iraniennes** — missiles longue portée, drones de combat, lanceurs — dont le secrétaire Hegseth affirme avoir déjà détruit l'essentiel de l'infrastructure industrielle.

**4. Fin du soutien iranien aux groupes armés régionaux** : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie — le démantèlement de ce qu'Israël appelle l'« Axe de la résistance ».

**5. Réouverture complète et permanente du détroit d'Ormuz**, sans péage, sans contrôle iranien unilatéral, dans le respect du droit international de la mer.

**6. Allégement progressif des sanctions** en échange de la mise en œuvre vérifiable de ces engagements, accompagné d'un volet sur les droits de douane évoqué par Trump.

Vance a par ailleurs prévenu sans ambages que si l'Iran choisissait de conditionner les négociations à l'inclusion du Liban dans le cessez-le-feu, « ce serait stupide, mais ce serait leur choix » — illustrant la dureté du ton américain dès l'ouverture des pourparlers.

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## III. La délégation iranienne : entre présence incertaine et exigences maximalistes

Côté iranien, l'entrée en scène fut plus ambiguë. L'ambassadeur d'Iran à Islamabad annonça le 9 avril sur le réseau X l'arrivée d'une délégation iranienne sur le sol pakistanais — avant de supprimer son message quelques heures plus tard, sans explication. Signe de divisions internes, de calcul tactique, ou d'une réaction aux frappes israéliennes continues au Liban ? Probablement les trois à la fois.

La diplomatie iranienne a posé une condition préalable limpide : « La tenue de pourparlers visant à mettre fin à la guerre dépend du respect par les États-Unis de leurs engagements en matière de cessez-le-feu sur tous les fronts, en particulier au Liban. » Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, est allé plus loin, jugeant les pourparlers « déraisonnables » et accusant les États-Unis d'avoir déjà violé trois des dix conditions posées par Téhéran pour le cessez-le-feu — les frappes israéliennes au Liban, une incursion de drone signalée au-dessus de la province de Fars, et le refus de Washington d'accepter certains des points iraniens comme base.

Le plan iranien en dix points, transmis via le Pakistan avec la médiation indirecte de la Chine, constitue la feuille de route officielle de Téhéran. Trump l'a accepté comme « base » des négociations — une formulation que la Maison Blanche a aussitôt nuancée. Ces dix points sont, dans leur ensemble, d'une ambition stratégique considérable pour la République islamique :

**Point 1 — Cessation complète de toute agression** contre l'Iran et les groupes de résistance alliés, y compris le Hezbollah et les Houthis. Pour Téhéran, pas de paix séparée : la trêve doit s'appliquer à l'ensemble des fronts.

**Point 2 — Retrait des forces de combat américaines** de la région, interdiction de toute attaque contre l'Iran depuis des bases américaines, et abandon de toute posture offensive dans le Golfe. Une exigence qui toucherait directement les dizaines de milliers de soldats américains déployés au Qatar, à Bahreïn, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

**Point 3 — Levée totale des sanctions économiques** américaines contre l'Iran — un retour au statut d'avant la politique de « pression maximale » imposée par Trump dès son premier mandat en 2018, et durcie depuis.

**Point 4 — Versement de compensations de guerre** pour les destructions subies par l'Iran lors des frappes de 2025 et 2026. Un point inacceptable pour Washington dans l'immédiat, mais qui pourrait servir de monnaie d'échange.

**Point 5 — Maintien du programme nucléaire iranien à des fins civiles**, avec rejet de toute exigence d'arrêt de l'enrichissement d'uranium. Téhéran considère ce programme comme une souveraineté nationale non négociable.

**Point 6 — Garanties de non-agression permanentes** de la part des États-Unis et d'Israël, formalisées dans un traité international contraignant.

**Point 7 — Reconnaissance de la légitimité du nouvel ordre iranien**, incluant implicitement la succession de Mojtaba Khamenei à la tête de la République islamique après la mort de son père.

**Point 8 — Contrôle iranien maintenu sur le détroit d'Ormuz**, avec possibilité d'imposer des conditions de transit — un point directement incompatible avec la position américaine et le droit international maritime.

**Point 9 — Engagements de non-agression étendus à Israël**, à condition qu'Israël cesse ses opérations militaires au Liban et reconnaisse implicitement un nouvel équilibre régional.

**Point 10 — Cadre régional de sécurité collective** excluant toute ingérence extérieure, ce qui signifie concrètement la fin de la présence militaire américaine permanente dans le Golfe Persique.

Analysé froidement, ce plan est extraordinairement favorable à l'Iran. Selon des experts du Groupe d'Études Géopolitiques, si 80 % de ces demandes étaient acceptées, Téhéran se retrouverait dans une position géopolitique plus avantageuse qu'avant même le déclenchement de la guerre — une situation paradoxale pour un pays qui vient de subir des frappes massives sur ses infrastructures, la mort de son guide suprême et la destruction partielle de son appareil militaire.

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## IV. Le fossé entre les deux positions

La liste des points de divergence est vertigineuse. Sur la question nucléaire, les deux parties semblent irréconciliables : Washington exige l'arrêt de l'enrichissement, Téhéran refuse catégoriquement toute atteinte à ce qu'il considère comme une prérogative souveraine. La chercheuse Lova Rinel, spécialiste de la dissuasion nucléaire, a souligné avec inquiétude l'absence de spécialistes nucléaires dans les deux délégations — une lacune béante pour des négociations où cette question est censée être centrale.

Sur le Liban, le désaccord est frontal. Le Pakistan affirme que la trêve s'applique partout, Liban inclus. Israël — soutenu par Washington — dit le contraire et continue de frapper. L'Iran conditionne sa participation aux pourparlers à un cessez-le-feu global. Cette ambiguïté constitutive pourrait faire capoter les discussions dès les premières heures.

Sur le détroit d'Ormuz, la tension est immédiate. Malgré la trêve, le trafic maritime reste paralysé. Les Émirats arabes unis exigent des clarifications supplémentaires sur les engagements iraniens. L'Union européenne a rejeté fermement toute idée de péage, affirmant que « le droit international consacre la liberté de navigation, ce qui veut dire ce que ça veut dire ». L'Iran, de son côté, continue de traiter le détroit comme un levier de négociation.

Sur la présence militaire américaine dans le Golfe, le fossé est abyssal. Trump a déclaré que l'armée américaine resterait déployée à proximité de l'Iran jusqu'à l'application complète d'un « réel accord » — une posture de pression maximale que Téhéran considère comme une violation de l'esprit même du cessez-le-feu.

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## V. Ce que les deux camps peuvent espérer gagner

Malgré l'écart des positions, des intérêts convergents existent — et c'est sur eux que repose le mince espoir de ces négociations.

Washington a besoin d'une sortie diplomatique honorable. La guerre en Iran a révélé les limites de l'improvisation stratégique : des objectifs de guerre changeants, une impréparation pointée par des experts, une OTAN que la Maison Blanche accuse d'avoir « tourné le dos » aux États-Unis. Un accord — même imparfait — permettrait à Trump de revendiquer une victoire historique et de soulager une économie américaine sous pression inflationniste.

Téhéran, de son côté, a besoin d'une suspension des hostilités pour reconstruire un pays ravagé, gérer une crise de succession politique délicate, et apaiser une population épuisée par des années de sanctions, de répression et désormais de guerre. Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei a besoin de légitimité internationale — que ces négociations pourraient partiellement lui offrir.

Les marchés mondiaux, les économies asiatiques tributaires du pétrole du Golfe, les États du Conseil de coopération du Golfe et l'Union européenne forment un bloc d'intérêts considérable en faveur d'un accord stable. La pression internationale pour un résultat tangible n'a jamais été aussi forte.

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## Conclusion : quatorze jours, l'histoire en suspens

Ces négociations s'ouvrent donc dans un contexte de fragilité extrême. La trêve est violée quotidiennement au Liban. Le détroit d'Ormuz n'est pas vraiment rouvert. Les délégations arrivent à Islamabad avec des mandats incompatibles sur presque tous les points fondamentaux.

Et pourtant, elles arrivent. C'est en soi un fait historique. Depuis 1979 et la rupture des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran, les deux pays n'ont jamais négocié directement, face à face, dans un cadre aussi formel et aussi chargé d'enjeux. Ces quatorze jours ne suffiront probablement pas à tout régler. Mais ils pourraient établir le cadre — les principes, les lignes rouges, les domaines de compromis possible — d'un processus diplomatique plus long.

Le monde regarde Islamabad. Et l'histoire, pour quelques jours encore, reste en suspens.