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Hantavirus : l'alerte mondiale autour du MV Hondius, ce que l'on sait

zossnews

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8 min de lecture11 mai 2026Mis à jour le 11 mai

Un foyer inédit au milieu de l'Atlantique Le monde de la santé publique internationale est en alerte depuis début mai 2026. Un foyer d'infection à hantavirus, rare et particulièrement inquiétant, a été détecté à bord du MV Hondius, un paquebot de croisière d'expédition battant pavillon néerlandais et appartenant à la compagnie Oceanwide Expeditions. Ce navire avait quitté Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2026, avec à son bord 147 personnes — 86 passagers et 61 membres d'équipage — représentant 23 nationalités différentes. Les passagers venaient majoritairement d'Espagne, de France, du Royaume-Uni et des États-Unis, tandis que l'équipage était en grande partie originaire des Philippines. Le programme du voyage était celui d'une croisière d'exploration vers des destinations parmi les plus isolées de la planète : l'Antarctique, l'île de Géorgie du Sud, Tristan da Cunha, Sainte-Hélène et l'île de l'Ascension. C'est au cours de ce périple à travers les eaux australes de l'Atlantique que les premiers symptômes sont apparus.

Hantavirus : l'alerte mondiale autour du MV Hondius, ce que l'on sait

Trois morts, une souche exceptionnelle

Le premier passager à montrer des signes graves de maladie est décédé le 11 avril 2026, alors que le navire naviguait encore. Son corps a été débarqué à Sainte-Hélène le 24 avril, date à laquelle son épouse a également quitté le bateau pour être hospitalisée. Elle est décédée deux jours plus tard dans un hôpital de Johannesburg, en Afrique du Sud. Un troisième passager a succombé à bord. Au total, au 8 mai 2026, l'OMS comptabilise six cas confirmés et deux cas suspects, soit huit personnes atteintes, dont trois décédées. D'autres cas probables étaient encore en attente des résultats de laboratoire.

La souche responsable de ce foyer a été identifiée le 6 mai 2026 : il s'agit du virus Andes, normalement cantonné à certaines régions d'Amérique du Sud — Chili, Argentine, Uruguay. Parmi les 38 souches de hantavirus connues dans le monde, le virus Andes est la seule capable de se transmettre, dans des conditions de contact étroit et prolongé, d'une personne à une autre. C'est cette caractéristique qui distingue radicalement cet épisode des cas habituels d'infection à hantavirus, et qui a conduit les autorités sanitaires mondiales à réagir avec une rapidité et une fermeté inhabituelles.

L'hypothèse avancée par des chercheurs argentins est que le cas index — le premier passager à avoir contracté le virus — aurait été infecté avant même d'embarquer. Il aurait effectué un long voyage de quatre mois à travers le Chili, l'Uruguay et l'Argentine entre fin novembre 2025 et le 1er avril 2026, période durant laquelle il aurait pu être exposé à des rongeurs porteurs du virus Andes dans les milieux naturels traversés.


Une gestion de crise internationale en pleine mer

La situation s'est rapidement transformée en défi logistique sans précédent. Bloqué au large du Cap-Vert, le MV Hondius n'a pas été autorisé à accoster, les autorités locales ne disposant pas des infrastructures médicales adaptées. Des experts médicaux ont été dépêchés à bord : deux spécialistes de l'Amsterdam University Medical Center et du Central Military Hospital des Pays-Bas, ainsi que deux épidémiologistes d'Italie et des Pays-Bas, coordonnés par l'OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Après plusieurs jours d'incertitude, l'Espagne a accepté d'accueillir le navire dans ses eaux. Le MV Hondius est arrivé dans le port de Granadilla, aux îles Canaries, le 10 mai à 5h30 du matin, heure locale. Le débarquement des passagers a alors commencé dans des conditions sanitaires strictes, décrites par la ministre espagnole de la Santé comme « sans précédent » dans la gestion d'un risque biologique de ce type. Les passagers ont quitté le navire en petits groupes espacés, équipés de protections individuelles, avant d'être rapatriés vers leurs pays d'origine pour y être placés sous surveillance médicale.

Aux États-Unis, une équipe des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies avait été dépêchée aux Canaries dès le 7 mai pour évaluer le risque d'exposition des passagers américains et préparer leur rapatriement vers un établissement spécialisé du Nebraska disposant de capacités médicales adaptées aux pathologies infectieuses à haut risque. Un passager américain a été testé positif au virus Andes, un autre présentait des symptômes compatibles.


La France face au virus : quarantaine et mesures d'urgence

Pour la France, l'épisode revêt une dimension particulière. Parmi les 86 passagers du MV Hondius, plusieurs étaient de nationalité française. Cinq croisiéristes français ont été rapatriés en France à la suite du débarquement aux Canaries. Dès le 10 mai, un décret d'urgence a été publié au Journal officiel, prescrivant la mise en quarantaine dans des établissements de santé de toutes les personnes ayant séjourné à bord entre le 1er avril et le 10 mai 2026. Ce décret précise qu'à l'issue d'une période initiale d'évaluation de 72 heures, les personnes concernées seront maintenues en quarantaine ou placées à l'isolement pour une durée totale pouvant atteindre 42 jours — durée correspondant à la période d'incubation maximale connue pour le virus Andes.

Ce lundi 11 mai 2026, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé sur France Inter l'identification de 22 cas contacts sur le sol français. Ces personnes ne se trouvaient pas à bord du navire, mais avaient partagé des vols avec des croisiéristes lors de leur rapatriement. La majorité seraient de nationalité française et se seraient auto-isolées. La ministre a indiqué que la France avait pris « les mesures les plus strictes de la zone européenne » face à cette situation. Le Premier ministre Sébastien Lecornu devait réunir en urgence une cellule de crise à Matignon dans l'après-midi.


Ce qu'est le hantavirus, et pourquoi le virus Andes est différent

Les hantavirus forment une famille de virus transmis par des rongeurs — rats, campagnols, mulots, musaraignes — présents sur tous les continents. La contamination humaine survient généralement par inhalation de poussières contaminées par les excréments, l'urine ou la salive d'animaux infectés. Le simple fait de balayer une grange ou de travailler dans un espace où des rongeurs ont séjourné peut suffire à exposer une personne non protégée.

Selon les souches, le hantavirus peut provoquer deux types de syndromes. En Europe, la souche Puumala — la plus courante, véhiculée par le campagnol roussâtre — cause la néphropathie épidémique, une atteinte rénale généralement bénigne, avec fièvre, douleurs et insuffisance rénale transitoire. En Amérique du Nord et en Amérique du Sud, des souches comme Sin Nombre ou Andes provoquent le syndrome pulmonaire à hantavirus, une atteinte grave des poumons pouvant conduire à une détresse respiratoire aiguë et à la mort dans un tiers des cas non traités.

Le virus Andes, souche en cause dans l'épidémie du MV Hondius, est le seul hantavirus connu capable d'une transmission interhumaine documentée, généralement dans des contextes de contact très étroit et prolongé — vie commune, relations intimes, soins sans protection. Cette transmission reste néanmoins rare et limitée, et elle n'a jamais produit de chaînes de contagion longues comparables à celles observées avec des virus respiratoires comme la grippe ou le SARS-CoV-2.


L'OMS calme les inquiétudes : « Ce n'est pas un nouveau Covid »

Face à la montée des inquiétudes dans l'opinion publique — inévitable dans un monde encore marqué par le traumatisme de la pandémie de Covid-19 —, l'OMS a tenu à remettre les choses en perspective lors d'une conférence de presse à Genève le 8 mai 2026. Un porte-parole de l'organisation a été catégorique : « Il s'agit d'un virus dangereux, mais uniquement pour la personne réellement infectée. Le risque pour la population générale reste extrêmement faible. » Il a ajouté que « même parmi les personnes ayant partagé la même cabine, il arrive que les deux ne soient pas infectées », soulignant que la contagiosité du virus Andes est sans commune mesure avec celle d'un coronavirus ou d'un virus influenza.

Les experts sont unanimes sur ce point : le hantavirus ne se propage pas comme le Covid-19. Il ne se transmet pas par simple conversation, ni par l'air ambiant dans des espaces publics. La transmission interhumaine du virus Andes nécessite un contact physique très étroit et répété, généralement dans un contexte domestique ou de soins. Le risque pour les voyageurs, les passants ou les proches des passagers qui n'ont pas partagé des espaces confinés avec des malades est considéré comme extrêmement bas.


Ni vaccin, ni traitement : la prévention comme seule arme

L'une des caractéristiques les plus préoccupantes du hantavirus — toutes souches confondues — est l'absence de vaccin homologué et de traitement antiviral spécifique disponible à ce jour. La prise en charge des cas graves repose uniquement sur les soins intensifs de support : oxygénothérapie, ventilation mécanique, maintien des fonctions vitales. C'est cette absence d'arsenal thérapeutique qui explique la mortalité encore élevée dans les formes pulmonaires graves.

En France, le Centre national de référence pour les hantavirus, hébergé à l'Institut Pasteur à Paris, assure la surveillance épidémiologique des cas nationaux et participe à la recherche sur ces pathogènes. Les cas détectés en France correspondent habituellement à des contaminations locales, par la souche Puumala présente dans les forêts du nord et de l'est du pays, notamment dans les Ardennes, l'Aisne et le Nord.

La prévention reste le seul rempart efficace. Elle passe par des gestes simples mais essentiels : éviter le contact direct avec des rongeurs sauvages, ne pas manipuler leurs excréments sans protection, porter un masque et des gants lors de travaux dans des espaces potentiellement contaminés comme les greniers, les caves ou les vieux bâtiments agricoles, et ne jamais balayer à sec les zones où des rongeurs ont séjourné.


Un épisode inédit qui appelle à la vigilance

L'affaire du MV Hondius constitue un événement sans précédent dans l'histoire épidémiologique du hantavirus. Jamais une telle concentration de cas n'avait été observée dans un contexte de croisière internationale, impliquant des ressortissants de 23 pays différents et déclenchant une réponse coordonnée de l'OMS, du CDC américain, du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, et des autorités sanitaires de plusieurs nations.

Si les experts s'accordent à dire que le risque de pandémie est infime, l'épisode illustre une réalité que les spécialistes des maladies infectieuses rappellent régulièrement : dans un monde où les humains s'aventurent dans des environnements de plus en plus reculés, où la faune sauvage est perturbée et où les échanges internationaux ne connaissent aucune frontière, les virus zoonotiques — ces pathogènes qui franchissent la barrière entre l'animal et l'homme — continueront d'émerger de façon imprévisible. La vigilance, la surveillance épidémiologique et la recherche vaccinale restent les seules réponses durables à cette réalité.