Guerre en Iran : négociations ou pas ? Le grand flou entre Washington et Téhéran Un tournant diplomatique... ou une opération de communication ?
zossnews
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À 26 jours du début de la guerre, la scène internationale est plongée dans un brouillard diplomatique inédit. D'un côté, Donald Trump assure que des négociations sont en cours "en ce moment" avec l'Iran. De l'autre, Téhéran dément avec vigueur toute discussion et rejette le plan de paix américain. Entre ces deux positions inconciliables, une question s'impose : qui dit la vérité, et à quel jeu joue-t-on ?

Ce que dit Trump : des négociations avancées avec un "haut dirigeant"
Lundi 23 mars, Donald Trump a affirmé avoir ouvert des "négociations" avec "un haut dirigeant" iranien non identifié, tout en suspendant pour cinq jours des frappes visant des infrastructures stratégiques de la République islamique. (Franceinfo)
Le président américain se montre délibérément optimiste et précis sur la composition de son équipe. Le chef d'État a réaffirmé que Washington et Téhéran sont "en négociations en ce moment". Son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie Marco Rubio participent selon lui à ces discussions. (CNEWS)
Trump va encore plus loin en affirmant que l'Iran aurait fait un geste concret. L'Iran a offert "un très gros cadeau" aux États-Unis, selon Donald Trump. Sans dire exactement de quoi il s'agit, le président américain a précisé que le présent en question était lié aux hydrocarbures, mais aussi à la navigation dans le détroit d'Ormuz. (CNEWS)
La Maison Blanche maintient cette ligne le 25 mars. "Les discussions continuent, elles sont productives comme l'a déclaré le président Trump lundi", a déclaré la secrétaire de presse Karoline Leavitt, qui a démenti que ces négociations étaient dans l'impasse. Elle a ajouté : "Le président Trump ne bluffe pas et il est prêt à déchaîner l'enfer. L'Iran ne devrait pas faire un mauvais calcul à nouveau." (RTS)
Le plan de paix en 15 points transmis via le Pakistan
Dans les coulisses, Washington a actionné les canaux diplomatiques. Les États-Unis ont fait passer à l'Iran un plan de paix en 15 points pour tenter de mettre fin au conflit, rapportent plusieurs médias, dont le New York Times et le Times of Israel. Ce plan a été transmis à Téhéran par l'intermédiaire de médiateurs pakistanais. "Les États-Unis considèrent ce plan comme une base de négociations et souhaitent que l'Iran en discute lors d'une réunion en personne au Pakistan ce jeudi 26 mars", précise Axios. (Franceinfo)
Les grandes lignes de ce plan sont désormais connues. Le plan appelle l'Iran à démanteler ses trois principaux sites nucléaires et à mettre fin à tout enrichissement de matières nucléaires. Les États-Unis demandent également à Téhéran de suspendre ses travaux sur les missiles, de cesser son soutien aux groupes armés, et de rouvrir le détroit d'Ormuz. En contrepartie, les sanctions nucléaires contre l'Iran seraient levées et les États-Unis aideraient l'Iran dans son programme nucléaire civil, notamment la centrale de Bouchehr. (Time)
Le Pakistan émerge comme acteur clé de la médiation. Le chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Syed Asim Munir, pourrait faciliter le dialogue entre l'Iran et les États-Unis grâce à ses liens supposés étroits avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. Munir avait brièvement parlé à Trump dimanche. (Time)
Ce que dit l'Iran : "fake news" et manipulations de marché
En face, Téhéran oppose un démenti ferme et répété. Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré avoir reçu, par l'intermédiaire de "pays amis", des "messages" sollicitant la tenue de pourparlers formulés par les États-Unis, mais a assuré qu'aucune négociation n'avait été engagée depuis le début de la guerre. "Aucune négociation n'a eu lieu avec les États-Unis, de fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés", a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien. (RTS)
L'ambassadeur iranien au Pakistan a assuré mercredi qu'"aucune négociation directe ou indirecte n'a eu lieu jusqu'ici" entre l'Iran et les États-Unis. Des pays amis comme le Pakistan cherchent à préparer le terrain pour un dialogue entre Téhéran et Washington, précise-t-il toutefois, ajoutant espérer que cela puisse aider à mettre fin à la guerre. (RTS)
L'armée iranienne, elle, hausse le ton avec une ironie mordante. Le porte-parole militaire Ebrahim Zolfaqari a ironisé : "Vos conflits internes en sont-ils arrivés au point où vous négociez avec vous-mêmes ?" Il ajoute : "Notre position est restée inchangée depuis le premier jour, et elle le restera : des gens comme nous ne conclurons jamais d'accord avec des gens comme vous." (Echos Plus)
Et la télévision d'État iranienne tranche : "La guerre prendra fin lorsque l'Iran décidera d'y mettre fin, et non lorsque Trump le décidera." (Franceinfo)
Le plan américain officiellement rejeté
Mercredi 25 mars, la position iranienne se précise encore. L'Iran a rejeté la proposition de cessez-le-feu américaine en 15 points, selon sa chaîne publique anglophone Press TV, qui cite un responsable anonyme. L'Iran a également avancé sa propre proposition de cessez-le-feu, réclamant des réparations de guerre et la souveraineté sur le détroit d'Ormuz. (Time)
Ces contre-exigences iraniennes révèlent l'immensité du fossé entre les deux camps. Les Iraniens s'estiment en position de force dans la mesure où plus de 16 000 frappes menées contre eux depuis trois semaines n'ont pas abattu le régime, et ils gardent donc la main en bloquant Ormuz. Ils exigent ainsi de pouvoir percevoir un droit de passage pour chaque bateau traversant le détroit, le retrait des bases américaines dans la région du Golfe et des garanties solides que ni les États-Unis ni Israël ne vont recommencer à les attaquer à l'avenir. (Franceinfo)
Un jeu à double face : la diplomatie sous les bombes
Cette situation paradoxale — négocier en continuant à bombarder — révèle la stratégie de chaque camp.
Du côté américain, Donald Trump a besoin d'une sortie rapide de cette guerre, mais il veut pouvoir gagner sur au moins un de ses objectifs de guerre, à savoir le nucléaire iranien, le programme balistique, le changement de régime ou bien sûr la réouverture du détroit d'Ormuz. (Franceinfo) L'annonce de négociations, même sans base confirmée, lui permet de calmer provisoirement les marchés financiers et de ménager une porte de sortie honorable.
L'effet boursier a d'ailleurs été immédiat et instructif. Les Bourses européennes avaient terminé la journée de lundi en ordre dispersé après les propos du président américain sur des négociations avec l'Iran, qui avaient dopé les marchés à la hausse jusqu'au démenti de Téhéran. Le rebond des places boursières s'était largement ralenti quand les autorités iraniennes avaient démenti ces négociations. (RTS)
Du côté iranien, refuser publiquement toute négociation est aussi un calcul : montrer que le régime tient bon, ne cède pas sous les bombes et n'est pas en position de faiblesse. Reconnaître des pourparlers directs avec Washington serait perçu à l'intérieur comme un aveu de vulnérabilité.
Israël en observateur attentif
Dans ce ballet diplomatique, Israël surveille les développements avec attention. Benjamin Netanyahu a fait savoir qu'il avait parlé à Donald Trump et a déclaré qu'Israël continuait ses frappes en Iran et au Liban, en restant déterminé à protéger ses "intérêts vitaux en toute circonstance". Le Premier ministre israélien a affirmé que le président américain "estime qu'il y a une chance de tirer parti des formidables succès militaires afin de réaliser les objectifs de la guerre dans le cadre d'un accord qui préservera nos intérêts vitaux". (RTS)
Selon des sources concordantes, des officiels israéliens ont été surpris d'apprendre l'existence du plan de paix américain, mais un responsable anonyme a indiqué qu'il s'aligne sur la position israélienne. (Time)
Vers un accord ou vers une guerre d'usure ?
À ce stade, la situation est celle d'un conflit qui cherche sa sortie mais ne la trouve pas encore. Les positions de départ restent très éloignées : Washington veut un démantèlement nucléaire, le retrait de l'influence iranienne et une réouverture d'Ormuz ; Téhéran exige des compensations, des garanties de non-agression et une forme de reconnaissance de son statut régional.
Une frappe israélo-américaine a touché la centrale nucléaire de Bouchehr, en Iran, sans faire de dégâts selon l'organisation iranienne de l'énergie atomique. L'Agence internationale de l'énergie atomique a appelé à la "retenue maximale afin d'éviter tout risque pour la sûreté nucléaire en période de conflit". (France 24) Ce détail illustre combien la guerre se poursuit, en parallèle des déclarations diplomatiques.
La vérité se situe sans doute dans l'entre-deux : il existe des canaux de communication indirects, des intermédiaires actifs — Pakistan, Égypte, Turquie, Oman — qui font circuler des messages. Mais une négociation formelle, directe et structurée n'a pas encore commencé. Ce que Trump appelle "négociations", Téhéran appelle "réception de messages américains non sollicités".
Dans ce contexte, le compte à rebours de cinq jours annoncé par Trump — avant de possibles frappes sur les centrales électriques iraniennes — constitue la prochaine échéance critique. D'ici le week-end du 28 mars, la guerre entrera soit dans une nouvelle phase d'escalade, soit dans un processus de désescalade encore fragile et incertain.
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