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Guerre en Iran : L'Europe ébranlée entre défiance envers Washington, peur de l'embrasement et quête d'unité

zossnews

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6 min de lecture04 mars 2026Mis à jour le 25 mars

Alors que l'offensive "Operation Epic Fury" menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre dans son sixième jour, l'Europe vit un moment de grande tension. Loin de faire front uni derrière son allié américain, le Vieux Continent affiche un visage fracturé. Un sondage choc révèle qu'un Européen sur cinq considère désormais les États-Unis comme une "menace majeure", un chiffre supérieur à la perception de la Corée du Nord . Sur le plan diplomatique, les Vingt-Sept peinent à trouver une ligne commune, tiraillés entre la solidarité atlantiste, la crainte d'un embrasement à ses portes, et la préservation des acquis diplomatiques. Tandis que l'Espagne fait cavalier seul en condamnant ouvertement les frappes, le trio France-Allemagne-Royaume-Uni se prépare à des "actions défensives" . Sur le terrain, l'Europe est déjà dans la guerre malgré elle : des installations françaises à Abou Dhabi ont été endommagées, une base britannique à Chypre visée par un drone, et le détroit d'Ormuz, artère vitale de son économie, est devenu une poudrière

Guerre en Iran : L'Europe ébranlée entre défiance envers Washington, peur de l'embrasement et quête d'unité

Une défiance inédite envers l'allié américain

Jamais la relation transatlantique n'avait semblé aussi fragile. Selon un sondage YouTrend publié le 4 mars 2026, environ 20 % des personnes interrogées au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et en Pologne considèrent désormais Washington comme une "menace majeure" . Ce chiffre est d'autant plus frappant qu'il place les États-Unis devant la Corée du Nord dans l'opinion publique européenne.

Ce rejet ne date pas seulement du déclenchement des frappes du 28 février. Il est l'aboutissement d'une lente érosion de la confiance, nourrie par les critiques répétées de l'administration Trump à l'égard de l'Europe : accusations selon lesquelles l'UE aurait été créée pour "nuire aux États-Unis", sommations de payer davantage pour l'OTAN, guerre tarifaire, et même les tentatives de prise de contrôle du Groenland . La guerre en Iran agit comme un révélateur de ce fossé grandissant.

La défiance est particulièrement marquée en Espagne, où 31 % des répondants voient les États-Unis d'un mauvais œil. Sans surprise, c'est également le gouvernement de Pedro Sánchez qui a été le seul en Europe à condamner ouvertement l'attaque, la qualifiant d'"intervention militaire injustifiée et dangereuse" . Cette position lui a valu les foudres de Donald Trump, qui a qualifié l'Espagne d'"allié terrible" et menacé de rompre les relations commerciales .

À l'inverse, les opinions publiques polonaise et britannique, traditionnellement plus atlantistes, restent plus mesurées, bien que le scepticisme gagne du terrain. Cette fragmentation de la perception populaire est le miroir des divisions politiques qui paralysent Bruxelles.

Une UE en ordre dispersé : du "E3" à la discorde espagnole

Sur la scène diplomatique, l'Union européenne donne le spectacle d'une institution dépassée par le rythme des événements. Dès le 28 février, une déclaration commune de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et du président du Conseil, Antonio Costa, appelait sagement à la "retenue" et au "respect du droit international" . Mais cette façade d'unité a rapidement volé en éclats.

Le "E3" entre soutien défensif et ambiguïté

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, réunis au sein du format "E3", ont adopté une position plus proactive. Dès le 1er mars, ils se sont dits prêts à prendre des "actions défensives nécessaires et proportionnées" pour protéger leurs intérêts et détruire "à la source" les capacités militaires iraniennes menaçantes . Cette déclaration a provoqué une mise en garde immédiate de Téhéran, qui a prévenu qu'une implication européenne équivaudrait à un "acte de guerre" .

Derrière cette fermeté affichée, les nuances sont nombreuses. Si Emmanuel Macron a alerté sur un "embrasement possible à nos frontières", la France insiste sur le caractère strictement défensif de sa posture : protéger ses 400 soldats de la base d'Abou Dhabi, déjà visée par des drones, et ses navires . L'Allemagne, de son côté, évoque avant tout la "protection" des soldats de la Bundeswehr .

L'Espagne et les autres : la difficile recherche d'une ligne commune

Pendant ce temps, Madrid fait figure de perturbateur. En plus de la condamnation présidentielle, l'Espagne a refusé de laisser Washington utiliser les bases américaines en Andalousie pour son offensive . Une position souveraine qui, si elle est populaire en Espagne, complique les efforts de Bruxelles pour parler d'une seule voix.

Ailleurs en Europe, les positions reflètent des intérêts nationaux divergents :

  • L'Italie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, a estimé que les frappes pouvaient éliminer une menace "existentielle", tout en appelant à éviter un élargissement du conflit .

  • La Finlande a vu dans l'affaiblissement de Téhéran un possible renforcement de la sécurité européenne face à la Russie .

  • La Slovaquie et la Belgique ont exprimé des réserves sur la légalité de l'action au regard du droit international .

  • La Croatie et la Hongrie ont immédiatement brandi la menace d'une nouvelle crise migratoire .

Face à cette cacophonie, des médias comme le quotidien italien Il Foglio ou l'espagnol El País décrivent une UE "lente", "incohérente" et en quête d'"équilibres impossibles", incapable de projeter une puissance diplomatique crédible .

L'Europe, territoire exposé : de Chypre au Golfe, la guerre frappe aux portes

Pendant que les diplomates s'écharpent, la réalité du conflit rattrape les Européens sur le terrain. Le 1er mars 2026, la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, a été frappée par un drone iranien . Bien que les dégâts aient été limités, le symbole est fort : le territoire européen a été touché. Le gouvernement chypriote a officiellement protesté contre le manque de communication du Royaume-Uni, et Paris a rapidement dépêché des systèmes anti-missiles et une frégate pour renforcer la sécurité de l'île .

Dans le Golfe, les intérêts français sont également en ligne de mire. Des installations françaises à Abou Dhabi ont subi des dégâts "matériels" causés par des drones . Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué ne pas avoir la "certitude" que la France était la cible, mais l'inquiétude est palpable.

Cette exposition directe pousse les Européens à réagir militairement, mais sur le mode défensif. L'Union européenne a annoncé le renforcement de sa mission navale Aspides en mer Rouge, avec l'envoi de deux navires français supplémentaires, portant la flottille à cinq bâtiments . L'objectif est clair : protéger les quelque 20 % du commerce mondial qui transitent par ces eaux, désormais hautement dangereuses.

La vulnérabilité énergétique : le talon d'Achille européen

Au-delà des risques militaires immédiats, c'est la sécurité énergétique de l'Europe qui est mise à rude épreuve. Le détroit d'Ormuz, par où transite une part cruciale du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) qatari, est devenu une zone de guerre. Les prix du gaz sur le marché TTF (Title Transfer Facility), référence en Europe, ont grimpé de 30 à 50 % début mars, marquant la plus forte hausse depuis la crise ukrainienne de 2022 .

Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a mis en garde contre une possible augmentation des coûts de l'énergie et du transport allant jusqu'à 40 % . L'Europe, qui avait diversifié ses approvisionnements après l'invasion de l'Ukraine en se tournant vers le GNL du Golfe, découvre qu'elle a simplement "remplacé une dépendance (au gazoduc russe) par une autre (maritime et moyen-orientale)" . La croissance économique fragile du continent et la lutte contre l'inflation pourraient être les premières victimes collatérales de cette guerre.

Un avenir incertain entre rupture et résilience

Alors que le conflit menace de s'enliser, les Européens tentent de trouver un équilibre instable. La majorité des citoyens, notamment en France, en Espagne, en Pologne et en Italie, considèrent encore la crise actuelle comme une "rupture temporaire" avec Washington, espérant un retour à la normale après le départ de Donald Trump . L'Allemagne fait figure d'exception, avec 47 % de sa population estimant que le fossé a atteint un "point de non-retour" .

Sur le plan politique, les appels se multiplient pour une "transition crédible" en Iran, selon les mots d'Ursula von der Leyen . Mais l'UE refuse pour l'instant d'entériner officiellement l'objectif de "changement de régime" affiché par Washington et Jérusalem.

Dans l'immédiat, l'Europe est contrainte à une navigation périlleuse : soutenir son allié historique sans se laisser entraîner dans une guerre totale, protéger ses citoyens et ses intérêts économiques sans succomber aux menaces de Téhéran, et tenter de maintenir une unité que 27 capitales rivales d'intérêts mettent à rude épreuve. La guerre en Iran est devenue, pour l'Union européenne, un test de survie stratégique.