CAN 2025 : La CAF retire le titre au Sénégal, la FSF saisit le TAS — Chronique d'un séisme dans le football africain
zossnews
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Un tremblement de terre institutionnel. Le football africain vit l'un des moments les plus controversés et les plus douloureux de son histoire. Deux mois jour pour jour après avoir remporté la Coupe d'Afrique des Nations sur le terrain, le Sénégal s'est vu enlever son titre depuis les bureaux de la CAF. (Wiwsport) Une décision rendue publique le 17 mars 2026 au soir, qui a provoqué une onde de choc sans précédent sur tout le continent. La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) a pris connaissance de la notification de la décision rendue le 17 mars 2026 par le Jury d'Appel de la Confédération Africaine de Football (CAF), dans le cadre de l'affaire DC23316. Cette procédure fait suite à la plainte formulée lors du match numéro 52 de la Coupe d'Afrique des Nations TotalEnergies Maroc 2025, opposant le Sénégal au Maroc. (Fsfoot) En quelques heures, ce qui paraissait être une page tournée — la victoire mémorable des Lions de la Teranga en finale — est redevenu un feuilleton judiciaire ouvert, incertain, et profondément révélateur des tensions qui traversent le football continental. Retour sur une affaire qui risque de faire jurisprudence dans l'histoire du sport africain.

Acte I : La nuit du 18 janvier à Rabat — une finale hors normes
Pour comprendre la portée de la décision du 17 mars, il faut remonter à cette soirée extraordinaire du 18 janvier 2026 à Rabat, au Stade Prince Moulay Abdellah. Le Sénégal s'était imposé 1-0 après prolongation au terme d'un match chaotique et émaillé d'incidents. (France 24)
La rencontre, attendue comme l'une des plus belles finales de l'histoire récente de la compétition, a rapidement basculé dans le chaos. Un penalty accordé au pays hôte dans le temps additionnel de la deuxième mi-temps, après consultation de l'arbitrage vidéo, juste après un but refusé au Sénégal, avait entraîné le départ du terrain d'une partie des joueurs sénégalais, encouragés par leur sélectionneur Pape Thiaw. (France 24)
La séquence est devenue l'une des images les plus commentées de la compétition. La soirée du 18 janvier avait viré au chaos dans les dernières minutes du temps réglementaire. Après qu'un but sénégalais eut été refusé, l'arbitre avait accordé un penalty au Maroc suite à une consultation du système VAR. La décision avait provoqué le départ d'une partie des joueurs sénégalais vers les vestiaires, encouragés par leur sélectionneur Pape Thiaw. Le match avait été suspendu pendant une quinzaine de minutes avant que les Lions de la Teranga, poussés par Sadio Mané, ne reviennent sur la pelouse. (Shango Media)
Le rôle de Sadio Mané dans ce moment critique mérite d'être souligné. Alors que la plupart des joueurs avaient suivi leur entraîneur vers les vestiaires, Sadio Mané est resté sur le terrain et a cherché à convaincre ses coéquipiers de revenir. Il expliquera plus tard : "Quand ils ont décidé de partir, je suis resté et j'ai demandé à certains : 'Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce une bonne idée ?' Puis j'ai décidé d'aller chercher tout le monde pour revenir sur la pelouse." (Goal.com US)
Les tensions avaient également gagné les tribunes, où des supporters sénégalais avaient tenté d'envahir le terrain pendant près de 15 minutes, même lorsque le joueur marocain Brahim Diaz s'apprêtait à tirer son penalty, qu'il a raté. (France 24)
Finalement, après la reprise du jeu, le Sénégal s'était imposé 1-0 après prolongations, grâce à un but de Pape Gueye. (La Presse) Les joueurs sénégalais ont soulevé le trophée, célébrant ce qui était présenté comme leur deuxième sacre continental. Les Lions de la Teranga rentraient au pays en héros.
Mais cette nuit-là, dans la confusion et l'effervescence, les graines d'un contentieux juridique majeur venaient d'être semées.
Acte II : La première instance — le Jury Disciplinaire tranche en faveur du Sénégal
Dans les jours qui ont suivi la finale, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a engagé les procédures réglementaires prévues par les textes de la CAF. La fédération marocaine de football avait saisi la CAF, estimant que le comportement des Sénégalais relevait du champ d'application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. (Franceinfo La 1ère)
Pour comprendre les enjeux juridiques de cette affaire, il convient de s'arrêter sur ces deux articles fondamentaux du règlement de la compétition.
L'article 82 stipule que si "pour n'importe quelle raison, une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre, elle sera considérée comme perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours". (Franceinfo La 1ère)
L'article 84 vient compléter le précédent. Il précise en substance qu'une équipe qui enfreint les dispositions prévues par les articles concernés perd le match par forfait et s'expose à une exclusion de la compétition en cours. Dans cette affaire, la CAF a appliqué la conséquence sportive la plus visible : la défaite par forfait, enregistrée sur le score de 3-0. (Kingofgeek)
La FRMF arguait donc que le départ temporaire des joueurs sénégalais du terrain — même si le match avait ensuite repris — constituait une violation manifeste de ces règles, et que la sanction devait être le forfait, indépendamment de la suite des événements.
Cependant, fin janvier 2026, le Jury Disciplinaire de la CAF, première instance compétente, avait rejeté la réclamation de la FRMF qui demandait des sanctions supplémentaires contre le Sénégal. (Elbotola) Cette décision, favorable aux Lions de la Teranga, semblait clore le dossier. La victoire sportive était confirmée sur le plan disciplinaire. Le Sénégal pouvait souffler.
Mais le Maroc n'avait pas dit son dernier mot.
Acte III : L'appel marocain et le revirement du 17 mars 2026
La FRMF a introduit un recours devant le Jury d'Appel de la CAF contre la décision de première instance. Réuni pour examiner cet appel, le Jury d'Appel a estimé que l'appel introduit par la Fédération Royale Marocaine de Football était déclaré recevable en la forme et fondé. Par la même occasion, la décision du Jury Disciplinaire de la CAF a été annulée. (Focus Actu)
Le motif premier de cette annulation est d'ordre procédural. L'instance a annulé la décision qui avait été rendue par le Jury Disciplinaire de la CAF, au motif que le droit d'être entendu de la partie appelante n'aurait pas été respecté lors de la procédure de première instance. (Fsfoot) En droit sportif, comme en droit général, le respect du contradictoire — c'est-à-dire la possibilité pour chaque partie de présenter ses arguments — est un principe fondamental. Le Jury d'Appel a considéré que ce principe avait été méconnu lors de la première instance, ce qui rendait la décision initiale irrégulière.
Mais au-delà de l'annulation, le Jury d'Appel a immédiatement statué sur le fond. Dans la lecture retenue par le jury d'appel, le départ des joueurs sénégalais vers les vestiaires constitue un cas de retrait sanctionnable par un forfait automatique, indépendamment de la reprise ultérieure du match. (Médias24)
La défense du Maroc avait été assurée par une équipe d'avocats spécialisés évoluant au sein du cabinet Naciri A&O Shearman. (Médias24) Une défense visiblement efficace, puisque le jury d'appel a entièrement suivi la thèse marocaine.
Le Jury d'Appel s'est également prononcé sur les sanctions disciplinaires infligées à la partie marocaine. Concernant Ismaël Saibari, le jury confirme qu'il s'est rendu coupable d'un comportement fautif en violation des articles 82 et 83 du Code disciplinaire de la CAF, avec une sanction revue à une suspension de deux matchs officiels de la CAF, dont un avec sursis, tandis que l'amende de 100 000 USD qui lui était infligée est annulée. S'agissant des incidents liés à l'organisation, la CAF confirme la responsabilité de la FRMF pour le comportement des ramasseurs de balles, avec une amende réduite, tout comme celle liée à l'usage du laser. (Focus Actu)
La décision finale est sans appel : avec ce verdict, le Jury d'Appel opère un revirement total par rapport à la première instance, en adoptant une lecture stricte des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Toutes les autres demandes ont été rejetées. (Focus Actu)
Le Sénégal est officiellement déclaré forfait. Le Maroc est sacré champion d'Afrique 2025 — non pas sur le terrain, mais dans les bureaux du Caire.
Acte IV : La réaction de la FSF — stupeur, colère et mobilisation
La réponse de la Fédération Sénégalaise de Football n'a pas tardé. Dans un communiqué officiel publié dans la nuit du 17 au 18 mars, la FSF a exprimé son désaccord face à cette décision. (Foot Mercato)
Le ton du communiqué est ferme, véhément même — ce qui est rare pour une communication officielle d'une fédération nationale. La Fédération sénégalaise de football dénonce une décision "inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain." (APS)
La FSF a également développé ses arguments juridiques. La FSF conteste formellement cette décision qu'elle juge infondée en droit, arbitraire et manifestement disproportionnée. (News-pravda)
Le premier pilier de la contestation sénégalaise porte sur la souveraineté de l'arbitre. La FSF argue que, conformément à la Loi 5 de l'IFAB, l'arbitre de la rencontre a exercé son pouvoir discrétionnaire en optant pour une suspension temporaire et non un arrêt définitif. Le match a repris, le penalty a été tiré, et le résultat a été acquis au terme des prolongations. (News-pravda) En d'autres termes, la FSF soutient que c'est l'arbitre lui-même qui a choisi de suspendre temporairement le match plutôt que d'y mettre fin — et que cette décision arbitrale, conforme aux règles du jeu édictées par l'IFAB, devrait primer sur l'interprétation réglementaire de la CAF.
Le deuxième pilier concerne le principe de proportionnalité. La FSF juge la sanction profondément disproportionnée. Pour elle, retirer un titre continental au Sénégal après la reprise du jeu et l'homologation initiale du résultat remettrait en cause la sécurité juridique de la compétition et porterait atteinte à l'intégrité du football africain. (Senegal7)
Le troisième pilier vise la sécurité juridique du sport. La FSF soulève en creux une question fondamentale : si une décision sportive acquise sur le terrain — résultat homologué, trophée remis, célébrations effectuées — peut être renversée deux mois plus tard sur une interprétation réglementaire, quel sens cela donne-t-il à la compétition elle-même ? Le principe de sécurité juridique, pilier de tout système de droit, semble ici mis à rude épreuve.
Face à ce qu'elle considère comme une injustice flagrante, en saisissant le TAS, la FSF entend obtenir un examen impartial de l'affaire par une juridiction internationale indépendante. (RADIO TELEVISION SENEGALAISE)
Acte V : Le recours devant le TAS — la "belle" se jouera à Lausanne
Conformément à l'article 48 des statuts de la CAF, la Fédération sénégalaise de football dispose d'un délai de dix jours à compter de la notification de la décision pour saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS). Une procédure devant cette juridiction suisse, seule compétente pour examiner en dernier ressort les décisions disciplinaires de la CAF, constituerait l'ultime recours du Sénégal pour récupérer un titre remporté sur le terrain il y a deux mois. (Shango Media)
Comme l'a formulé avec humour un observateur cité par France 24, le spécialiste du football africain Karim Baldé : la commission de discipline a donné la victoire au Sénégal et ce jury la donne au Maroc. La "belle" se jouera en Suisse devant le Tribunal arbitral du Sport. (France 24)
Le TAS, basé à Lausanne, est la juridiction suprême du sport mondial. Institution fondée en 1984, reconnue par le Comité International Olympique et la quasi-totalité des fédérations sportives internationales, il représente l'ultime recours contre les décisions des organisations sportives. Ses arrêts sont définitifs et exécutoires.
La procédure devant le TAS sera complexe et ses enjeux considérables. Le Sénégal devra convaincre les arbitres lausannois sur plusieurs points : la violation du droit d'être entendu en première instance a-t-elle justifié une annulation totale ou simplement une réouverture des débats ? L'interprétation des articles 82 et 84 par le jury d'appel est-elle conforme à l'esprit de ces textes ? Le retour des joueurs sur le terrain et la reprise du jeu n'effaçaient-ils pas tout manquement antérieur ? La sanction du forfait 3-0, prononcée des semaines après les faits, est-elle proportionnée aux circonstances réelles ?
Autant de questions auxquelles devront répondre des arbitres dont la décision sera, cette fois, véritablement définitive.
Analyse juridique : Deux lectures irréconciliables d'un même règlement
Au cœur de cette affaire, on trouve une divergence fondamentale d'interprétation du règlement de la CAN 2025.
La lecture stricte, adoptée par le Jury d'Appel, est simple et implacable. L'instance estime que le comportement de l'équipe sénégalaise relève clairement de l'article 82 du règlement de la CAN, qui sanctionne toute équipe refusant de jouer ou quittant le terrain sans autorisation. (Femmes du Maroc) Dans cette optique, le fait que le match ait repris est sans pertinence : la violation est constituée dès le départ non autorisé des joueurs. La règle est claire, la sanction automatique. Cette lecture a l'avantage de la clarté et de la prévisibilité : elle dissuade toute équipe de recourir à ce type de protestation à l'avenir.
La lecture téléologique, défendue par la FSF, est plus nuancée. Elle insiste sur la finalité des articles 82 et 84 : empêcher qu'une équipe abandonne définitivement une compétition ou un match. Or, le Sénégal n'a pas abandonné. Les joueurs sont revenus, le jeu a repris, le match s'est achevé normalement. De plus, c'est l'arbitre lui-même — garant de l'application des Lois du Jeu établies par l'IFAB — qui a choisi de suspendre temporairement la rencontre plutôt que de la déclarer terminée. En appliquant rétroactivement le forfait à un match dont l'arbitre a homologué la fin, le Jury d'Appel semble contredire l'autorité de cet arbitre.
Il y a également un argument lié à la sécurité juridique. En droit, la rétroactivité des sanctions est généralement limitée par des principes fondamentaux. Anéantir un résultat sportif, des semaines après son acquisition, rompt avec la confiance que les acteurs placent dans la compétition.
Le contexte géopolitique : Une finale dans un pays hôte, toujours un défi
Il serait naïf d'ignorer le contexte géopolitique et sportif dans lequel s'inscrit cette affaire. La finale de la CAN 2025 opposait le Sénégal au Maroc — le pays organisateur. Le Stade Prince Moulay Abdellah, à Rabat, était évidemment acquis à la cause des Lions de l'Atlas.
Les tensions d'une finale entre deux nations voisines et rivales, dans le stade de l'une d'elles, constituent déjà un terrain propice à l'exacerbation des passions. La décision contestée du penalty accordé au Maroc — après un but refusé au Sénégal — a agi comme un détonateur dans ce contexte déjà électrique.
La question se pose naturellement : la CAF, dont le siège est au Caire, a-t-elle été exposée à des pressions extérieures dans ce dossier ? Il serait imprudent et injuste de le supposer sans preuve. Mais la perception, dans l'opinion publique africaine, est déjà ancrée. L'annonce a immédiatement suscité colère et incompréhension au Sénégal et aux quatre coins d'Afrique. (Foot Mercato)
De l'autre côté, la FRMF a pris soin de préciser que sa démarche n'était pas politique. La fédération marocaine de football a indiqué que sa démarche n'avait jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l'application du règlement de la compétition. La Fédération réaffirme son attachement au respect des règles, à la clarté du cadre compétitif et à la stabilité des compétitions africaines. (France 24)
L'argument de la disproportion : Peut-on retirer un titre deux mois après ?
L'un des arguments les plus puissants de la FSF est celui de la disproportion temporelle. Retirer un titre de champion d'Afrique deux mois après la compétition est une démarche sans précédent dans l'histoire du football continental.
Les joueurs sénégalais ont célébré leur victoire devant leur peuple. Des milliers de fans ont fêté le sacre dans les rues de Dakar. Le trophée a été présenté aux autorités. Des primes ont peut-être été versées. La vie a suivi son cours, avec cette victoire comme socle mémoriel collectif.
Deux mois plus tard, une décision administrative efface tout cela. Le résultat sur le terrain — 1-0 pour le Sénégal — devient officiellement inexistant. Le champion est désormais le perdant du jour J. C'est une forme d'absurde juridique que même les partisans d'une application stricte du règlement devraient trouver troublante.
À titre de comparaison, dans le football européen, certaines décisions disciplinaires ont bien pu entraîner des retraits de points ou des relégations après coup, mais jamais — à ce niveau — un titre majeur n'a été retiré à un vainqueur sur tapis vert dans de telles circonstances, si longtemps après les faits et après homologation du résultat.
La réaction des joueurs sénégalais : Entre stupeur et indignation
Dès l'officialisation de la décision par la CAF, plusieurs joueurs sénégalais ont réagi, notamment sur Instagram. Le Toulousain Pape Demba Diop et le milieu Pathé Ciss ont posté des photos où on les voit arborant le trophée. (France 24)
Ces gestes silencieux mais éloquents traduisent le sentiment des joueurs : ils restent champions, quoi qu'en disent les instances. Pour eux, ce titre a été gagné sur la pelouse, dans la sueur et la tension d'une finale extraordinaire. Aucune décision administrative ne peut effacer cette vérité sportive de leur mémoire et de leur cœur.
Le cas de Sadio Mané est particulièrement symbolique. C'est lui qui a convaincu ses coéquipiers de revenir sur le terrain ce soir-là. Sans son intervention, le Sénégal aurait bel et bien abandonné la partie. Son leadership a permis au match de se terminer normalement. Et pourtant, c'est précisément ce retour sur le terrain — qui aurait dû être perçu positivement — qui n'a pas suffi à protéger son équipe d'une sanction post-hoc.
Les implications pour le football africain
Cette affaire dépasse largement le cadre du différend sénégalo-marocain. Elle soulève des questions fondamentales sur la gouvernance du football africain.
Premièrement, la question de la cohérence institutionnelle. Le fait que la commission de discipline et le jury d'appel aient rendu des décisions diamétralement opposées sur le même dossier — l'un rejetant la plainte marocaine, l'autre l'accueillant totalement — révèle une profonde incertitude juridique au sein des instances de la CAF. Comment les fédérations peuvent-elles se fier à une institution dont les organes se contredisent ?
Deuxièmement, la question de la protection des acteurs du terrain. Si un arbitre, garant souverain du jeu selon les Lois de l'IFAB, décide de suspendre temporairement un match, ses choix doivent être respectés. La décision du Jury d'Appel semble ignorer l'autorité de l'arbitre et l'application des Lois du Jeu, au profit d'une lecture strictement réglementaire qui fait fi de la réalité du terrain.
Troisièmement, la question du précédent. La FSF dénonce une décision sans précédent, ce qui est factuellement exact. (APS) Si cette décision est confirmée par le TAS, elle créera une jurisprudence dangereuse : toute équipe qui proteste contre une décision arbitrale en quittant le terrain — même temporairement, même si le match reprend — pourrait être rétrospectivement sanctionnée d'un forfait 3-0. Cela pourrait paradoxalement encourager les équipes à ne jamais revenir sur le terrain en cas de contestation, pour éviter que leur retour ne soit jugé insuffisant.
Quatrièmement, la question de la crédibilité de la CAF sur la scène internationale. La CAF cherche depuis plusieurs années à se moderniser, à attirer des sponsors et des partenaires de premier plan, à professionnaliser ses compétitions. Des affaires de ce type, où la gouvernance sportive semble vaciller, ne peuvent que nuire à l'image de l'institution à l'échelle mondiale.
Que peut faire le TAS ?
En saisissant le TAS, la FSF entend obtenir un examen impartial de l'affaire par une juridiction internationale indépendante. Cette démarche s'inscrit dans le respect des mécanismes de régulation du sport mondial et vise à faire prévaloir les droits du Sénégal. (RADIO TELEVISION SENEGALAISE)
Le TAS pourra examiner l'affaire sous plusieurs angles. Il pourra d'abord contrôler la régularité de la procédure devant le Jury d'Appel. Si celui-ci a commis des irrégularités — par exemple, en statuant ultra petita, c'est-à-dire au-delà de ce qui lui était demandé — le TAS pourra annuler ou modifier sa décision.
Il pourra également interpréter les articles 82 et 84 du règlement de la CAN 2025 de façon autonome. Les arbitres du TAS ne sont pas liés par la lecture de la CAF et peuvent adopter une interprétation différente, plus conforme à l'esprit du texte ou aux principes généraux du droit.
Enfin, le TAS pourra appliquer le principe de proportionnalité, cardinal en droit sportif international. Si la sanction infligée est jugée disproportionnée au regard des faits — un départ temporaire du terrain, sans abandon définitif, suivi d'une reprise normale du jeu — les arbitres lausannois pourraient la réduire ou l'annuler.
La FSF peut également demander, en urgence, un sursis à exécution de la décision CAF dans l'attente du jugement au fond. Cette demande, si elle est accordée, gèlerait officiellement la situation et permettrait d'éviter que des mesures irréversibles soient prises dans l'intervalle.
Conclusion : Le football africain à la croisée des chemins
Cette affaire est un révélateur brutal des fragilités institutionnelles qui persistent dans le football africain, malgré les efforts de modernisation engagés ces dernières années. Elle interroge sur la cohérence des instances, la protection des acteurs du sport, le respect de la réalité du terrain, et la légitimité des décisions rendues dans les bureaux longtemps après le coup de sifflet final.
La FSF a annoncé vouloir engager une procédure d'appel devant le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne dans les plus brefs délais. Elle réaffirme son engagement indéfectible envers les valeurs d'intégrité et de justice sportive, et tiendra le public informé des suites données à cette affaire. (Fsfoot)
Pour les supporters sénégalais, cette nuit du 17 mars 2026 restera gravée comme une blessure. Non seulement parce qu'un titre leur a été retiré, mais parce que la façon dont cela s'est produit — dans les délais, dans l'opacité des procédures internes, deux mois après la liesse populaire — semble profondément injuste.
Pour le Maroc, la question de la légitimité du titre se posera inévitablement, malgré la légalité formelle de la décision. Une victoire sur tapis vert n'a jamais la saveur d'un triomphe conquis sur le terrain. La FRMF le sait, et c'est pour cela qu'elle a pris soin de préciser que sa démarche visait le règlement, non la performance sportive des équipes.
Pour la CAF, le moment est venu d'une sérieuse introspection. La crédibilité d'une institution se mesure à sa capacité à rendre des décisions cohérentes, prévisibles, et perçues comme justes par l'ensemble des acteurs. Cette affaire, quelle qu'en soit l'issue devant le TAS, a déjà laissé une empreinte durable sur la réputation de la confédération continentale.
Le dernier acte de cette saga se jouera à Lausanne. Et c'est toute l'Afrique du football qui regardera.
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