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🇫🇷 BALLY BAGAYOKO, NOUVEAU MAIRE DE SAINT-DENIS, VICTIME D'UN DÉLUGE DE RACISME ET DE FAKE NEWS : CHRONIQUE D'UNE FRANCE QUI SE RÉVÈLE

zossnews

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16 min de lecture18 mars 2026Mis à jour le 19 mars

INTRODUCTION : UNE VICTOIRE HISTORIQUE IMMÉDIATEMENT EMPOISONNÉE PAR LA HAINE Dimanche 15 mars 2026, peu après minuit. Le visage de Bally Bagayoko apparaît sur les écrans de France entière, sourire éclatant, yeux brillants de la joie d'une victoire qu'il n'espérait peut-être pas aussi nette. Avec 50,77% des suffrages au premier tour, cet ancien cadre de la RATP, ancien joueur de basket semi-professionnel, enfant des quartiers populaires de Saint-Denis, vient de remporter la mairie de la deuxième plus grande ville d'Île-de-France. Une victoire historique à plusieurs titres : c'est la première ville de plus de 100 000 habitants gérée par La France insoumise, c'est la fin de 75 ans de domination communiste à Saint-Denis, et c'est l'élection d'un maire noir, issu de l'immigration malienne, à la tête d'une ville symbole de la France populaire et multiculturelle. Quarante-huit heures plus tard, la machine à haine était en marche à plein régime. Des faux propos fabriqués et relayés par la fachosphère. Un harcèlement raciste massif sur les réseaux sociaux. Une grande journaliste de BFM/RMC qui reprend ces mensonges en direct face à l'intéressé, sans vérification. Des personnalités politiques de droite et d'extrême droite qui participent activement à la diffusion de l'intox. Et derrière tout cela, un phénomène aussi ancien que la France elle-même et toujours aussi vif en 2026 : l'incapacité de certains à accepter qu'un homme noir puisse diriger une grande ville française.

🇫🇷 BALLY BAGAYOKO, NOUVEAU MAIRE DE SAINT-DENIS, VICTIME D'UN DÉLUGE DE RACISME ET DE FAKE NEWS : CHRONIQUE D'UNE FRANCE QUI SE RÉVÈLE

PARTIE 1 — QUI EST BALLY BAGAYOKO ?

L'ENFANT DU PAYS DEVENU MAIRE

Pour comprendre pourquoi Bagayoko est devenu une cible aussi

intense et aussi rapide, il faut d'abord comprendre qui il est

et ce qu'il représente.

Né en 1973 à Levallois-Perret dans une grande famille d'origine

malienne, Bally Bagayoko a grandi dans les quartiers populaires

de Saint-Denis. À 15 ans, il vend sur le marché local pour aider

sa famille. Il décroche un diplôme de géopolitique à Paris 8,

commence son engagement politique avec SOS Racisme et

l'UNEF-ID, joue au basket en semi-professionnel, et gravit les

échelons de la RATP jusqu'à devenir cadre. En 2001, il entre

en politique aux côtés de Patrick Braouezec, alors maire

communiste de Saint-Denis, comme adjoint au sport. Il y reste

pendant des années, accumulant l'expérience de la gestion

municipale, la connaissance du terrain, la proximité avec les

habitants.

"Personne n'aurait imaginé quelqu'un de nos quartiers, y

compris héritier de l'immigration. Donc ça, c'est un élément

extrêmement important. On a fait mentir tous les pronostics",

se réjouit-il au soir de sa victoire. Cette phrase dit tout : il

sait ce que sa victoire représente symboliquement, il mesure

le chemin parcouru, et il sait aussi les résistances que ce

chemin a dû affronter.

Car la campagne n'a pas été de tout repos. Son adversaire

socialiste Mathieu Hanotin — qualifié de "petit bourgeois

visqueux" par Jean-Luc Mélenchon — l'avait accusé de

s'acoquiner avec des narcotrafiquants pour remporter le vote

des jeunes. "Du mépris de classe, et surtout du racisme",

affirme Diangou Traoré, quatrième sur la liste de Bagayoko.

Cette accusation de lien avec le narcotrafic, sans preuve,

contre un candidat noir des quartiers populaires — le stéréotype

raciste à l'état pur — s'inscrit dans une longue tradition de

suspicion systématique à l'égard des élus issus de

l'immigration.

Qu'à cela ne tienne : le soir du 15 mars, avec 50,77% des

suffrages au premier tour, la victoire est éclatante.

Saint-Denis — avec ses 150 000 habitants depuis sa fusion

avec Pierrefitte-sur-Seine en 2025 — devient la première

grande ville gérée par LFI.

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PARTIE 2 — "LA VILLE DES ROIS" DEVIENT "LA VILLE DES NOIRS" :

ANATOMIE D'UNE FAKE NEWS RACISTE EN TEMPS RÉEL

C'est dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mars que tout

bascule. Et la mécanique de cette fake news est d'une clarté

pédagogique redoutable.

Dimanche 15 mars, peu avant 0h30. LCI. Darius Rochebin

interroge le nouveau maire en duplex depuis la salle des

mariages de l'hôtel de ville, où ses partisans fêtent encore

la victoire dans une ambiance sonore et joyeuse. Le brouhaha

est considérable. Les micros ne captent pas parfaitement

chaque syllabe. Et Rochebin demande au nouveau maire comment

il définit sa ville. Bagayoko répond — comme il le dira et le

redira par la suite — "la ville des Rois et du peuple vivant".

Saint-Denis. La basilique royale. La nécropole des rois de

France, où soixante-six rois et reines sont enterrés depuis

le Ve siècle. Et aujourd'hui : ouvriers, immigrés, enfants de

la République. Les rois morts et le peuple vivant. Une phrase

poétique, historique, inclusive. Prononcée à trois reprises.

Clairement audible à la deuxième et troisième fois.

Mais dans le brouhaha des premières secondes du duplex, les

premières syllabes de "Rois" — un R suivi d'une voyelle —

peuvent, à la limite, être interprétées différemment par une

oreille inattentive ou mal disposée. Et très vite, sur X —

anciennement Twitter, désormais réseau du milliardaire Elon

Musk —, la déformation commence à circuler.

Jean Messiha, chroniqueur aux déclarations de plus en plus

fangeuses, est le premier à publier que Bagayoko aurait dit

"la ville des Noirs". Gilbert Collard, ancien eurodéputé du

Rassemblement national, relaie. Emmanuel de Villiers, frère

du réalisateur Philippe de Villiers et chroniqueur aux Grandes

Gueules sur RMC, relaie. La galaxie entière de l'extrême droite

sur X s'emballe. Et Renaud Camus, le néofasciste auteur du

"Grand Remplacement", théoricien du complot du "grand

remplacement", se lâche avec un tweet nauséabond : "La

négropole des Rois".

En quelques heures, la fake news a traversé toute la

"galaxie d'extrême droite", de Camus à RMC, "avec une courroie

de distribution assurée par X, réseau social du milliardaire

au salut nazi Elon Musk", selon Blast.

La vérification était pourtant d'une simplicité enfantine :

la vidéo du duplex avec Rochebin était en ligne depuis dimanche

soir. En trente secondes d'écoute, n'importe qui pouvait

entendre clairement "Rois". Pas de brouhaha problématique.

Pas d'ambiguïté insurmontable à la deuxième écoute.

Trente secondes.

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PARTIE 3 — APOLLINE DE MALHERBE ET LE MOMENT QUI A TOUT RÉVÉLÉ

Mardi 17 mars matin, deux jours après l'élection. Apolline de

Malherbe reçoit Bally Bagayoko dans sa matinale sur RMC/BFMTV,

l'une des émissions politiques matinales les plus regardées de

France. Le nouveau maire est là, souriant, prêt à parler de

son projet pour Saint-Denis, de sa victoire, de l'avenir.

Et Apolline de Malherbe lui lance : "Alors qu'un de mes confrères

vous interrogeait sur la ville des rois, vous disiez que c'est

aussi la ville des noirs, est-ce que ça, ça compte pour vous ?"

Silence. Puis Bagayoko, avec un calme qui force l'admiration :

"Ce n'est pas la ville des noirs, c'est la ville des rois et

du peuple vivant, c'est ça le terme complet qui a été rappelé."

Le maire vient d'être obligé de se défendre, sur un plateau

national, face à des propos qu'il n'a jamais tenus. Un homme

qui aurait dû passer cette matinale à parler de son programme,

de ses priorités, de sa vision pour la deuxième ville

d'Île-de-France. Au lieu de cela, il passe sa première

apparition médiatique nationale post-victoire à corriger une

fake news fabriquée par la fachosphère et reprise sans

vérification par une journaliste de grande chaîne.

Ce moment illustre parfaitement ce que l'écrivain Rachid

Benzine, dans un texte magnifique et douloureux publié depuis

sa terrasse de Rabat à 5h du matin, a analysé avec une

précision chirurgicale :

"Bagayoko dit 'Rois'. Apolline entend 'Noirs'. Bagayoko parle

d'histoire. Apolline entend de la race. Bagayoko parle de

peuple vivant. Apolline entend du communautarisme."

Et la question de Benzine, qui hante : "Pourquoi n'a-t-elle

pas vérifié ? Parce que ça lui semblait plausible. Un maire

noir, LFI, Saint-Denis. Évidemment qu'il dit 'la ville des

Noirs'. Qu'est-ce qu'il dirait d'autre ?"

C'est la formulation la plus honnête et la plus brutale de ce

que les philosophes appellent le "racisme ordinaire" : non pas

la haine consciente et déclarée, mais la présupposition

inconsciente. Le fait qu'un certain type d'individu — noir,

de gauche, des quartiers — est supposé tenir un certain type

de discours — communautariste, séparatiste — avant même

d'avoir ouvert la bouche.

Le mea-culpa d'Apolline de Malherbe arrive à 12h43, dans un

message sur X : "J'ai reçu ce matin Bally Bagayoko, nouveau

maire de St-Denis. Dans le brouhaha du duplex j'avais mal

entendu ses propos dimanche soir minuit, et j'en suis désolée.

Ses mots exacts étaient 'ville des rois et du peuple vivant'.

Il a eu l'occasion de le dire ce matin à mon micro."

Des excuses publiques sont bienvenues. Mais le mal est fait.

Combien de téléspectateurs qui ont regardé la matinale n'ont

pas suivi l'évolution de l'affaire et conservent aujourd'hui

la conviction que Bagayoko a dit "la ville des Noirs" ?

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PARTIE 4 — LA MÉCANIQUE DU HARCÈLEMENT RACISTE :

DE COLLARD À RENAUD CAMUS, LA CHAÎNE DE LA HONTE

La chronologie de la propagation de cette fake news permet

de cartographier avec précision les réseaux du harcèlement

raciste en France en 2026.

Jean Messiha, d'abord. Chroniqueur prolixe, habitué des

plateaux de droite et d'extrême droite, auteur de déclarations

de plus en plus extrêmes — il avait notamment appelé à

"exterminer les antifas" après la mort de Quentin Deranque.

C'est lui qui, selon les observations de Blast et d'Arrêt

sur images, aurait le premier formalisé la fake news de "la

ville des Noirs" sur X.

Gilbert Collard ensuite, ancien avocat pénaliste devenu

eurodéputé RN. Avec sa forte audience sur X, il amplifie

massivement la fausse information. Ses followers la reprennent

à leur tour, dans un effet de chambre d'écho caractéristique

des réseaux sociaux actuels.

Emmanuel de Villiers, frère de Philippe de Villiers, chroniqueur

aux Grandes Gueules sur RMC — la même chaîne qu'Apolline de

Malherbe — relaie à son tour. L'information circule désormais

dans les cercles médiatiques grand public.

Et puis Renaud Camus. L'homme qui a inventé la théorie du

"Grand Remplacement", l'idée que les populations européennes

blanches seraient délibérément remplacées par des populations

immigrées non blanches. Une théorie qui a inspiré plusieurs

attentats terroristes dans le monde occidental. Cet homme

tweete "La négropole des Rois" à propos de Saint-Denis et

de son nouveau maire noir.

De Camus à Collard à Messiha à de Villiers, en passant par

des centaines de comptes anonymes qui les relaient : c'est

une chaîne de production et de diffusion du racisme en temps

réel, documentée, nominative, observable. Et pourtant,

aucune de ces personnes ne sera poursuivie. Aucune n'a été

suspendue de ses fonctions ou de ses plateaux. La vie

continue.

Le harcèlement ne s'est pas limité à la fake news sur "la

ville des Noirs". Pendant ces 48 heures, le nouveau maire

a reçu des insultes racistes en abondance, des menaces,

des commentaires qui "lui signifiaient qu'il s'était trompé

de pays". La forme la plus classique, la plus primaire, la

plus prévisible du racisme français : tu es noir, tu n'as pas

ta place ici, retourne chez toi.

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PARTIE 5 — LA VICTOIRE MALGRÉ TOUT :

CE QUE SAINT-DENIS A CHOISI

Avant de conclure sur le tableau sombre du racisme, il faut

dire la beauté de ce qui s'est passé le 15 mars à Saint-Denis.

Car le harcèlement raciste qui a suivi la victoire de Bagayoko

n'a pas été fabriqué à Saint-Denis. Il est venu de l'extérieur —

des studios de RMC, des comptes X de personnalités politiques

et médiatiques nationales, des réseaux de l'extrême droite

française et internationale. À Saint-Denis même, c'est une

autre histoire qui s'est écrite.

"Il a beaucoup d'humilité et il nous ressemble : c'est un père

de quatre enfants, qui travaille et qui n'a pas été parachuté.

Il connaît son terrain et est très apprécié des jeunes", dit

Samia, employée municipale. Flavie, 20 ans, infirmière, vote

pour la première fois. "J'ai été démarchée dans mon quartier,

le discours m'a plu." Des jeunes qui, pour beaucoup, se

reconnaissent dans cet homme qui leur ressemble — né là,

enfant de la même ville, héritier de la même immigration.

"Saint-Denis représente tout ce que l'extrême droite déteste.

Nous sommes pour une société pour tous, nous ne serons jamais

du côté de ceux qui voudront diviser Saint-Denis", avait dit

Bagayoko à LCI au soir de sa victoire. Cette phrase, dans sa

sobriété et sa clarté, est le vrai programme politique de

cet homme : l'inclusivité contre le repli, le vivre-ensemble

contre le communautarisme — précisément celui dont on l'accuse.

L'ironie suprême est là : les réactionnaires qui lui collent

l'étiquette de communautariste et de séparatiste s'opposent

à un homme dont la biographie entière est celle d'un Français

de plein exercice — né en France, éduqué en France, travaillant

à la RATP, diplômé de Paris 8, militant pour l'égalité depuis

SOS Racisme. Si ce n'est pas de l'intégration, qu'est-ce que

c'est ?

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PARTIE 6 — CE QUE CET ÉPISODE RÉVÈLE SUR LA FRANCE DE 2026

L'affaire Bagayoko — la fake news de "la ville des Noirs",

le harcèlement raciste, la reprise sans vérification par une

journaliste nationale — n'est pas un accident. C'est un

révélateur.

Elle révèle d'abord que la fachosphère française en 2026 est

une infrastructure organisée, capable de produire et de

diffuser une fake news en quelques heures, de la faire

remonter des comptes les plus obscurs jusqu'aux plateaux

de grande audience, avec une efficacité redoutable. La chaîne

de Messiha à Collard à de Villiers à Camus à RMC a fonctionné

en moins de 48 heures.

Elle révèle ensuite que la vérification des faits reste une

pratique insuffisamment ancrée dans certaines grandes rédactions

françaises. Qu'une journaliste comme Apolline de Malherbe,

avec les moyens d'une grande chaîne d'info en continu, n'ait

pas passé trente secondes à écouter la vidéo disponible en

ligne avant de poser sa question, c'est un échec professionnel

mais aussi un symptôme : quand le sujet est un homme noir

de gauche qui dit des choses qui "semblent" plausibles dans

un certain imaginaire, la vérification devient moins urgente.

Elle révèle enfin que l'élection d'un homme noir à la tête

d'une grande ville française reste, en 2026, un événement

qui suscite chez une partie de la population des réactions

d'hostilité qui dépassent largement le désaccord politique

ordinaire. Les insultes racistes adressées à Bagayoko depuis

dimanche soir ne sont pas des critiques de son programme

municipal. Ce sont des messages qui lui signifient qu'il

n'a pas le droit d'être là où il est.

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CONCLUSION : "LA VILLE DES ROIS ET DU PEUPLE VIVANT"

Il y a une beauté poignante dans la phrase que Bally Bagayoko

a prononcée cette nuit du 15 mars, au milieu du brouhaha et

de la joie. "Saint-Denis, la ville des Rois et du peuple vivant."

Les rois sont là, depuis quinze siècles, dans leur basilique

de pierre. Soixante-six monarques qui ont façonné la France,

ses guerres, ses conquêtes, ses grandeurs et ses ignominies.

Et le peuple — vivant, lui — dans les rues, sur les marchés,

dans les cités, dans les bureaux de la RATP. Ouvriers,

fonctionnaires, infirmières, vendeurs, enfants de Maliens

et de Marocains et de Portugais et de toutes les migrations

qui ont fait la France.

Un homme né de cette immigration, qui a vendu sur le marché

à 15 ans, qui a fait Paris 8 et la RATP et le basket et

la politique, vient d'être élu pour gouverner la ville qui

garde les rois. Il y a là quelque chose de magnifique.

La fachosphère a entendu "la ville des Noirs". La France

populaire, elle, a entendu "la ville des Rois et du peuple

vivant". Et c'est elle qui a voté à 50,77%. Le résultat

est là.